Le café du village où dans un nuage de fumée de tabac gris je faisais le concours de belote les nuits du samedi ayant pour partenaire Denis le cantonnier
Un bar de Buenos Aires le 14 juillet 1970 (précisément) un livre de Borges sur l’argot porteño (le lunfardo) sous les yeux
Le croisement des boulevards Martin Luther King et Malcom X à New York (opposés par les moyens de lutte, réunis par leurs tragiques assassinats)
L’Alhambra de Granada et le bruit de ses fontaines patio de los naranjos y patio de los leones
Et, pour de faux, ce Nil inventé sous forme de tautogramme : Nos Nils noient nos nuits nées neiges noires
J’aime beaucoup la tension du titre : LIEUX D’OUBLIEUSE MÉMOIRE. Il y a là une contradiction féconde. Ces lieux semblent voués à l’oubli, et pourtant chacun revient avec une précision singulière : un partenaire de belote, une date exacte, un croisement de rues, le bruit de fontaines, puis un Nil imaginaire. La mémoire vacille, mais elle conserve des éclats.
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