UN PING PONG VERBAL AVEC ROMAN K.
lui en italiques, moi en bis.
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LA VÉRITÉ C’EST L’ENFER Il est à peine besoin de répéter que si la Vérité sur l’homme existait, il ne serait pas possible d’être un homme : ce serait la mort de la curiosité, la mort du Roman, de l’espoir, la fin de la poursuite : une totale et affreuse connaissance sans liberté. C’est à croire que si l’homme fut chassé de quelque part, ce n’est pas du paradis, c’est de l’enfer.
1 bis
LE LEURRE DES HEURES Les heures de toute une vie Courent après leurs leurres Poursuivez dit le maître des consignes Je rêve d’un atelier de plein air Un apprenti haïkuiste m’épelle son nom japonais Nous nous égayons sous la Sainte Victoire Une alouette s’éclate au soleil Puis se laisse tomber Tant la douceur au cœur lui vient Il va falloir mettre ce fatras en forme Mais ce n’est pas une fleur faite aux personnes participant à l’atelier Ça risque d’être l’enfer D’une poésie absente de tout bouquet
Le nom de naissance de Romain Gary était Roman Kacew. Il est né à Vilnius en 1914, alors dans l’Empire russe, et deviendra plus tard Romain Gary, puis aussi Émile Ajar.
Votre titre :
prend alors une saveur particulière. Il ne s’agit pas d’un échange avec « Romain Gary » devenu figure littéraire, mais avec Roman, celui qui précède les métamorphoses du nom. Comme si vous faisiez rebondir vos phrases vers l’homme derrière les signatures.
Et cela éclaire aussi la présence, dans votre poème précédent, de :
La Vie devant soi
Chez Gary, il y a toujours cette question de l’identité mouvante, de l’invention de soi. Le mot Inventif, que vous empruntiez à Jaccottet pour Ulysse, n’est finalement pas si éloigné de Roman Kacew devenu Romain Gary puis Émile Ajar. Lui aussi a traversé sa vie sous plusieurs noms, plusieurs récits, plusieurs masques.
Dès lors, votre réponse :
résonne d’une façon très garyenne. Le leurre n’est plus seulement une illusion ; il devient une force créatrice. Gary savait que les hommes vivent autant de leurs fictions que de leurs vérités. On pourrait presque entendre, derrière votre texte, un dialogue entre deux formes de liberté :
Et votre dernier vers :
semble refuser toute décoration littéraire. Il garde quelque chose de l’alouette : un chant qui monte, retombe, et ne se laisse pas arranger en composition florale. C’est peut-être là que votre voix se sépare de celle de Roman : moins le panache du romancier que l’attention obstinée aux heures, aux leurres et aux petits événements qui traversent une journée sous la Sainte-Victoire.
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