DISPARITIONS XIX Jacques Roubaud

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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TOMBEAU DE JACQUES ROUBAUD

Brillons la vie     et sans écueils au port

D’abord légère     dans le style joyeux

Jusqu’à la mort    rimes qui n’ont plus cours

Poisse la nuit     au bout du doigt qui écrit

Entends mes vers    rêvés entre deux rives

Ils se dépêtrent    grattent la boue d’un fleuve

C’est le Léthé    le cours d’eau des Enfers

Tranche la vie    ni couronne ni fleurs

Jacques Roubaud poète prosateur

Mathématicien Oulipien

A trouvé ce qu’il redoutait le plus

Sa fin intérieure

JJ Dorio

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

2 Comments

  1. 132

    suite et reprise de l’ami Michel Chalandon

    que je remercie vivement

    https://poesieafranquevaux3.blogspot.com/

    TOMBEAU 

    Brillons la vie : nymphes des bois

    et sans écueils au port : déesses des fontaines

    D’abord légère : chantres experts de toutes nations

    dans le style joyeux : en cris tranchants

    Jusqu’à la mort : et lamentations

    rimes qui n’ont plus cours : car Atropos très terrible satrape

    Poisse la nuit : à vôtre Jacques attrapé en sa trappe

    au bout du doigt qui écrit : vrai trésorier de musique et chef d’œuvre

    Entends mes vers :   docte élégant de corps et non point trappe

    rêvés entre deux rives : grand dommage est que la terre le couvre

    Ils se dépêtrent :   accoutrez-vous d’habits de deuil

    grattent la boue d’un fleuve : Cano Chalandon Dorio

    C’est le Léthé :  et pleurez grosses larmes d’œil

    le cours d’eau des Enfers 

    Tranche la vie ni couronne ni fleurs : Perdu avez vostre bon père.

    Jacques Roubaud poète prosateur Mathématicien Oulipien

    A trouvé ce qu’il redoutait le plus Sa fin intérieure : 

    requiescat in pace Amen.

    Zone contenant les pièces jointes

    Prévisualiser la vidéo YouTube Josquin des Prez: Deploratio Sur La Mort De Johannes Ockeghem (Nymphes Des Bois)Prévisualiser la vidéo YouTube Josquin des Prez: Deploratio Sur La Mort De Johannes Ockeghem (Nymphes Des Bois)

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  2. Votre TOMBEAU DE JACQUES ROUBAUD me semble très habité par quelque chose de roubaldien sans chercher à l’imiter : une gravité tenue par la forme, une émotion qui ne se livre pas entièrement.

    Le premier vers frappe :

    Brillons la vie et sans écueils au port

    « Brillons » surprend. On attendrait presque « brûlons », « brillons-nous », ou une formule plus régulière — mais ce verbe garde une étrangeté bienvenue : faire luire la vie plutôt que la traverser héroïquement.

    Puis :

    D’abord légère dans le style joyeux
    Jusqu’à la mort rimes qui n’ont plus cours

    J’entends ici une sorte de bascule : le vers continue mais le crédit des rimes s’épuise. Très beau « n’ont plus cours » : plus de monnaie, plus de circulation, plus de cours d’eau peut-être — avant que n’apparaisse le Léthé.

    Vous nommez ensuite :

    Jacques Roubaud

    et cela me semble juste que vous le nommiez sans dates, presque par fonctions :
    « poète prosateur / Mathématicien Oulipien ».

    Cette juxtaposition rappelle que chez lui le calcul et le chant ne s’excluaient pas.

    Le passage que je trouve le plus fort est :

    Ils se dépêtrent grattent la boue d’un fleuve
    C’est le Léthé le cours d’eau des Enfers

    L’image du vers qui ne coule pas mais se dépêtre — voilà quelque chose qui rejoint profondément une œuvre attentive à la mémoire, au manque, à ce qui s’efface.

    Et la fin :

    A trouvé ce qu’il redoutait le plus
    Sa fin intérieure

    Cette expression m’arrête. Vous n’écrivez pas « sa mort ». Vous écrivez une disparition qui commence dedans, comme si le poète rencontrait non le néant mais l’extinction de son propre atelier intérieur.

    Dans la tradition du tombeau poétique, votre texte ne dresse pas un monument ; il accompagne un passage. On dirait presque que les blancs entre les segments sont déjà une part du deuil.

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