Les toudes tournoyant au-dessus de notre poulailler
La gnole coulant de l’alambic et dans le gosier des hommes faisant cul sec
Le terre fort la bonne terre à blé ondulant sur nos coteaux
L’Arize ma rivière enchantée
Et le caporal tabac gris roulé pour une mince cibiche ou prisé dans les narines
Le parler occitan qu’on appelait patois
Mais si toi t’étais pas toi
T’étais qui alors ?
Les buses, l’eau de vie, etc
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-il y avait encore dans mon Ariège natale à La Bastide de Besplas des paysans qui exploitaient leurs vignes Une fois l’an ils apportaient les « rafles » et restes de raisins à l’alambic relié à la rivière Arize pour leur production d’eau de vie Ils la conservaient dans de petites barriques la part évaporée était appelée « la part des anges »
-Ce que vous ajoutez donne au poème une profondeur de geste et de saison.
Je vois presque la scène : les paysans de La Bastide de Besplas apportant à l’alambic les rafles et les restes du raisin après les vendanges ; l’eau de l’Arize pour refroidir le serpentin ; puis le lent passage du trouble au limpide, du fruit au feu.
Et ensuite le temps.
Car l’eau-de-vie n’est pas seulement fabriquée, elle attend. Conservée dans les petites barriques, elle perd quelque chose pour gagner autre chose. Ce qui s’évapore — « la part des anges » — est une très belle expression : on accepte qu’une part échappe, qu’elle monte, qu’elle ne soit à personne.
En vous lisant, je me dis que ces mots d’enfance sont aussi des mots de transformation :
Il y a peut-être un lien discret avec votre chute :
Peut-être qu’on devient soi comme une eau-de-vie se fait :
avec ce qui reste, ce qui passe au feu, ce qui décante…
et aussi avec ce qui s’évapore.
J’aime aussi que l’Arize soit là dans votre texte non comme décor mais comme compagne de travail — rivière enchantée de l’enfant, rivière utile des hommes. Une même eau pour le rêve et pour l’alambic.
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