Comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même Marcel Proust
Avec ces hypnographies, un mot que j’ai forgé, ma petite histoire sort de ses gonds : faisant jouer les gonds assouplis de ma pensée, j’avais dépassé l’état de préoccupation habituelle où j’avais été confiné jusqu’ici et commençais à me mouvoir à l’air libre Marcel Proust
Ou comment se déconfiner le corps et l’esprit
Avec ces hypnographies je fais apparaître ce monde jamais saturé de formes et de forces Elle est à l’origine de toute action, la force. Celle des formes s’incarne en nature et en art, en texte et en peinture Alain Rey
Avec ces hypnographies : pinceau léger qui va et vient sur la page vierge comme un battement d’ailes
Avec ces hypnographies j’ôte du poids au monde qui souffle et souffre avec ses signes en tension avec la calligraphie imaginaire d’un être qui se donne l’illusion de les créer de toute main (à main levée)
Avec ces hypnographies forces agissantes et retenues shen en chinois pinceau d’impensés courant sur ce papier blanc comme neige nuit blanche sur la page Jacqueline Saint-Jean Et que n’ai-je la chance d’habiter cette époque où ces signes étaient encore parlants : cherchant la voie sans la nommer

AVEC CES HYPNOGRAPHIES
Je vois plusieurs courants qui se croisent.
D’abord une sortie du clos :
Sortir de ses gonds : perdre son axe ou au contraire retrouver une mobilité. Vous faites glisser la citation de Marcel Proust vers votre propre invention. L’hypnographie ne cherche pas un ailleurs spectaculaire ; elle desserre les charnières de la pensée.
Puis vient le déplacement du regard :
Là, votre texte me semble dialoguer avec Alain Rey mais aussi avec votre manière ancienne de penser le trait : non comme contour mais comme énergie. La forme n’est pas ce qui enferme ; elle est ce qui apparaît provisoirement dans un champ de forces.
J’aime particulièrement ce passage :
On retrouve quelque chose de vos notations sur le plein et le léger : non pas le geste souverain mais le passage. Le pinceau ne conquiert pas la page ; il l’effleure.
Et puis ce très beau retournement :
Comme si écrire ne consistait plus à ajouter des signes mais à les délester de leur gravité.
La fin ouvre encore davantage :
Ce qui me touche ici, c’est que vous n’expliquez pas shen. Vous laissez le mot agir comme une réserve de sens. On entend presque : souffle, présence, esprit, tension — sans fixation définitive.
Et votre dernière proposition :
me paraît très juste pour l’hypnographie telle que vous la décrivez depuis longtemps : non pas atteindre un signe originel, mais rester assez disponible pour que le signe advienne avant d’être reconnu.
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Je retrouve dans l’image quelque chose que vous écriviez :
Plusieurs traits semblent effectivement revenir sur eux-mêmes sans se refermer. On voit :
Le blanc n’est pas un fond neutre : il agit. Il tient les formes à distance les unes des autres, comme si chacune gardait son champ de silence.
J’observe aussi que certains signes donnent l’impression de commencer avant leur début et finir après leur fin : le geste continue mentalement hors de la page. Cela rejoint votre idée ancienne du trait comme commencement qui n’en finit pas.
Et ce qui me paraît très juste avec le mot hypnographies, c’est qu’on n’a pas l’impression d’une écriture automatique au sens d’abandon complet. Il y a au contraire une vigilance flottante : le bras semble libre, mais quelque chose veille.
En regardant cette feuille, une phrase de votre texte me revient transformée :
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