Premier bain de mer – l’été sans mer je meurs à petit feu –
Ici sur ma plage de 36 et de 68 je suis entouré d’enfants
qui rejouent le mythe des origines –la mer la mère toujours
recommencée – ils courent à la mer avec leurs petits seaux
ils passent le sable au crible de la grande illusion
ils n’arrêtent pas de bâtir et de débâtir leurs châteaux
en Espagne et surtout ils rient ils crient ils s’interpellent
ils portent l’eau de vie des poètes de sept ans et de soixante
dix-sept ans –disons- dans le plein soleil l’azur les bateaux
tout ce saint-frusquin que l’on vend dans les cartes postales
Mais ici chez moi sur ma page de sable et d’or ce ne sont
qu’émotions rêves et désirs que l’on dit au papier à la mer
qui nous vient du dedans comme un étourdissement passager
.
Fos sur Mer « la grande plage » 400m de sable
face aux navires porteurs d’essences noires
et de mythes secrets
Votre poème commence par une phrase qui agit presque comme une nécessité vitale : « l’été sans mer je meurs à petit feu ». Non comme plainte, mais comme mesure du temps intérieur. Le bain de mer devient bain de mémoire.
J’aime la manière dont vous faites glisser plage → page (« sur ma plage de 36 et de 68 » puis « sur ma page de sable et d’or »). Le lieu n’est plus seulement géographique : il devient surface d’écriture. On lit le sable comme on lit un texte, et les enfants comme des scribes involontaires.
Quelques lignes me retiennent particulièrement :
L’image est belle parce qu’elle tient ensemble le jeu enfantin et quelque chose de plus vaste : tamiser le monde pour voir s’il reste un trésor.
Et puis :
Là, j’entends un écho à ce que vous évoquez parfois : le passage « de sept ans en sept ans », non comme calendrier mais comme reprises de souffle. Les enfants ne sont pas seulement les enfants présents : ils entraînent avec eux les âges déposés dans celui qui regarde.
La fin déplace discrètement le décor :
D’un coup, la carte postale se fissure. On voit apparaître le port, l’industrie, les cargaisons, mais vous ne dites pas pétrole — vous dites essences. Le mot garde sa double vie : carburant et nature des choses. Cela ouvre une profondeur inattendue.
Et cette formule :
m’arrête aussi. On connaît la bouteille à la mer ; ici c’est le papier lui-même qui devient mer, ou bien le poème lancé à ce qui le déborde.
J’aimeJ’aime