Tu te réveilles
Ce qui te fais perdre le fil
Du rêve que tu étais en train de tramer
Le rêve où l’on t’enveloppe dans ton linceul
.
Puis pour te rendormir
Et oublier ce rêve cauchemar
Tu te mets à compter les grains de sable
De l’univers qui n’a ni début ni fin
.
Tu fais le yoyo dormir/se réveiller
Entre ces deux temps tu aides le vieil écrivain
À tisser son récit fantôme errant dans sa bibliothèque
Que le maître des Essais nommait sa « librairie »
.
Ainsi vivace le corps écrit
Pense ses plaies
Marche sur les braises
De ce volcan
Qui peu à peu
S’apaise
Le titre agit comme une clé de lecture : le volcan n’explose pas, il décroît. Mais ce qui est beau, c’est qu’il reste volcan.
Le premier mouvement — Tu te réveilles / Ce qui te fais perdre le fil / Du rêve… — a quelque chose de très juste : le réveil n’efface pas le rêve, il le coupe. Et le rêve interrompu est un rêve de mort, avec ce linceul qui arrive sans emphase, presque comme un geste ordinaire.
Puis vient ce très beau déplacement :
Compter pour s’endormir, oui — mais ici compter l’incomptable. Comme si, pour sortir d’un rêve clos (le linceul), il fallait entrer dans une immensité sans bord. Ce passage me rappelle votre manière de faire jouer le minuscule et le cosmique dans un même souffle.
J’aime beaucoup aussi :
Ici apparaît discrètement Michel de Montaigne — mais non comme personnage historique : plutôt comme figure du retrait actif. La « librairie » devient lieu où l’on continue d’écrire entre veille et sommeil. Et ce « récit fantôme » pourrait être celui qui ne cesse de s’écrire tant qu’on respire.
La fin est très dense :
« Le corps écrit » : non pas le corps qui écrit, mais le corps devenu écriture. Cela m’a arrêté.
J’aimeJ’aime