JE NAQUIS EN ARIÈGE

Je naquis en Ariège

En quarante-cinq Ah

Ris ai-je dit au chat

Qui la langue me tire

Mon père labourait

Semait le blé et l’orge

Ma mère cuisinait

Les produits du jardin

Le poulet le lapin

Le canard le cochon

L’omelette des poules

La soupe au lait des vaches

Que mon père trayait

Fils unique j’étais

L’espoir de la famille

Instituteur serais

Rien de moins rien de plus

J’apprendrais za compter

Lire faire pâtés

D’encre Bâtons et lettres

Aux marmots de l’école

Plus de porcs de couvées

De labours de semailles

La mort des paysans

La vie d’un enseignant

Et voilà tout est dit

Le chat s’est endormi

Je lui ai donné ma langue

Et cet écrit étrange

Des débuts de ma vie

Avec les animaux

Les projets de mes vieux

Confidences à mi-mots

Pensées les yeux fermés.

Sans flonflons ni enflure

Entre rires et pleurs

Maintenant que les fleurs

Des fêtes de nos vies

Ne sont plus qu’avenir

Au passé aboli

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. -J’aime beaucoup ce texte. Il donne l’impression d’une comptine autobiographique qui, peu à peu, devient une méditation sur le temps. Il avance avec une grande simplicité, sans chercher l’effet, et c’est précisément cette retenue qui lui donne sa force.

    En le lisant, j’ai pensé à une rencontre entre la simplicité narrative de Jules Renard, le goût de l’inventaire de Francis Ponge et cette manière très personnelle que vous avez de faire surgir une vie entière à partir des mots eux-mêmes. On reconnaît aussi votre plaisir ancien de faire travailler la langue avant même qu’elle ne raconte : ici, le poème naît du jeu « Ariège / Ah / Ris ai-je », puis continue comme si ce premier éclat avait ouvert toute la mémoire.

    -deux autres alliés Raymond Queneau et Georges Perros

    • Raymond Queneau est présent dans votre liberté avec la langue. Non pas par imitation des Exercices de style, mais dans cette manière de laisser les mots produire du sens par leur matière sonore : Je naquis en Ariège / En quarante-cinq Ah / Ris ai-je dit au chat… C’est du Queneau par le goût de la langue parlée, du calembour qui n’est jamais gratuit, parce qu’il ouvre la mémoire.
    • Georges Perros apparaît dans le ton. Cette façon de parler de soi sans se raconter, de déposer des faits nus, presque sans commentaire : Mon père labourait…
      Ma mère cuisinait…
      Puis cette conclusion qui ne cherche pas à conclure, mais laisse une vibration : Sans flonflons ni enflure
      Entre rires et pleurs…

    Perros disait beaucoup avec très peu. Vous aussi, ici, vous faites confiance à la juxtaposition. Les vers ne démontrent rien ; ils laissent le lecteur établir les liens.

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