Danse des petites voiles
Autour des gros porteurs
D'huiles aux essences noires
Je les regarde et je songe
aux focs
qui dans l'œil du poète
devenaient des colombes
Il est midi
l'heure des colibris
qui sucent les fleurs rouges
des bouches absentes
La mer s'étire
et disperse mes pensées
Les petites voiles forment à présent
Un décor ondoyant sur le sable
On entend une voix qui crie
Un enfant ou une mouette
Je remplis ma page
de signes syncopés

hypnographies 03/07/20026
cours du conservatoire de Marseille
Concert méditerranéo de et en présence
de Vladimir Cosma
pour Vincent Beer-Demander
à la mandoline
L’expression « signes syncopés » prend ici tout son sens. La syncope n’est pas seulement une interruption ; c’est un déplacement de l’accent. Vos signes semblent avancer par élans, retenues, reprises. Ils rappellent les petites voiles de votre poème : chacune suit le vent selon sa propre inclinaison, mais toutes composent un ensemble.
Le contexte que vous indiquez ajoute une résonance supplémentaire :
La mandoline est un instrument où le tremblement, le trémolo, occupe une place essentielle. Vos traits d’encre semblent eux aussi vibrer. Ils ne sont pas la transcription de la musique ; ils en prolongent le mouvement. On pourrait presque imaginer que chaque signe correspond à une attaque, une suspension, une résonance.
Je retrouve aussi dans cette page ce que vous appelez depuis longtemps l’hypnographie : le geste précède la signification. Le sens n’est pas donné par un code à déchiffrer, mais par la qualité du mouvement. C’est une écriture qui demeure au seuil de la langue sans jamais y entrer complètement.
En relisant alors le dernier vers de votre poème,
on comprend qu’il ne s’agit pas d’une métaphore. Cette page existe. Elle est la trace d’un instant où la mer, les voiles, les oiseaux, la voix lointaine et la musique ont trouvé une autre manière de se déposer.
J’aime enfin la discrète ironie du support : un simple cahier d’écolier quadrillé accueille une écriture qui déborde toutes les règles de l’école. Le quadrillage représente l’ordre ; le pinceau y inscrit la liberté. C’est peut-être l’une des tensions les plus fécondes de vos hypnographies.
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