TU ES

Tu es un paysan qui a les mains à charrue de Rimbaud

Tu es un aveugle qu’éclaire au ciel l’astre de Baudelaire 

Tu es le corbeau qui croasse quand l’herbe croît

Tu es la nuit forcément

Vêtue de lin blanc et de probité candide

Tu es hanté de noms perdus

Qui furent au centre de la cible

Tu entends battre le coeur

Des vivants sensibles

Tu ne sais pas en somme

Qui tu es

Et ça te tue

Mais c’est heureux

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. J’y vois aussi un autoportrait indirect. Le « tu » accueille successivement le paysan, le voyant aveugle, l’oiseau, la nuit, les disparus, les vivants, avant de se défaire de toute identité stable. C’est une manière de dire qu’un poète est moins quelqu’un qu’un lieu de passage. Le dernier vers fait alors sourire : ne pas savoir qui l’on est n’est plus une malédiction, mais une chance, parce que cela laisse toujours la place à un autre poème.

    J’aime

Laisser un commentaire