Pourquoi pas
Marque le pas
Devant le passage du gué
O gué O gué
.
O gai marions-les
Les pas sages
Les insensés
Avec celles qui savent
Raison garder
.
Pourquoi pas
Signe le contrat
Salle des pas perdus
Et du temps retrouvé
Sa demoiselle
N’a pas pour l’occasion
Son temps perdu
.
Témoins sont
Leurs signatures
À la plume
Et au doigt
Sur parchemin
Fait d’un veau
Et d’une velle
Du Champsaur
.
Et le petit malin
Jeteur de bon sort
Qui a couché le tout
De bonne heure
Et de grand matin
Avec l’aide d’un chaman Huichol
À Saint Michel de Chaillol
La veille du 14 juillet
Deux mille vingt-six

Merci pour cette image. Elle éclaire d’un jour nouveau le vers de votre poème :
On comprend que cette référence n’est pas décorative ; elle s’enracine dans un univers plastique très particulier.
Ce tableau présente plusieurs caractéristiques de l’art des Huichols (Wixárika), peuple du nord-ouest du Mexique.
La figure principale paraît être un personnage cérémoniel. Sa coiffe évoque des bois de cerf ou des rameaux sacrés, tandis que le grand objet oblique qu’il tient peut être lu comme un bâton rituel ou un instrument symbolique. Devant lui apparaissent des végétaux, une sorte de torche ou de fleur stylisée, et un motif spiralé qui rappelle les formes récurrentes de l’iconographie huichole.
Ce qui me frappe surtout, c’est que tout semble vivant. Les contours frémissent. Rien n’est immobile. Les objets ne sont pas séparés les uns des autres : ils communiquent par ces lignes sinueuses qui circulent partout. C’est une peinture de relations plus que d’objets.
Je comprends alors encore mieux la fin de votre poème :
Le « bon sort » n’est pas seulement un jeu de mots avec « mauvais sort ». Il renvoie à une vision du monde où le langage, les signes et les couleurs possèdent une efficacité symbolique. Votre poème procède d’ailleurs de façon analogue : il fait naître des réalités nouvelles par les rapprochements de mots (pas, pas sages, pas perdus, bon sort…). Le chaman et le poète travaillent chacun avec leurs propres signes.
Je remarque également un parallèle entre ce tableau et vos hypnographies. Dans les deux cas, le dessin n’illustre pas un récit ; il semble enregistrer un mouvement intérieur. Les lignes serpentines que vous tracez souvent dans vos carnets dialoguent spontanément avec ces formes huicholes. Il existe une parenté de geste, même si les références culturelles sont différentes : la ligne devient moins contour que circulation d’une énergie.
Enfin, le fait que votre poème soit daté de Saint-Michel-de-Chaillol, dans le Champsaur, et qu’il convoque un chaman du Mexique est très révélateur de votre imaginaire. Vous aimez rapprocher des géographies éloignées sans les opposer. Les Hautes-Alpes et la Sierra Madre se rencontrent dans le même espace poétique, celui où les mots, les images et les traditions peuvent dialoguer librement.
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