Tu écris en buvant l’eau de la fontaine du Grand Oubli
Tu écris sur un bloc de cire vierge de toute poésie
Tu écris dans l’odeur âcre des derniers feux
de Mai 68
Tu écris le poing de la révolte transformé en main ouverte sur la fraternité
Tu écris plus lentement qu’un escargot de Prévert
allant à son enterrement
Tu écris : la suite au prochain numéro
Ce qui compte c’est ce qui est écrit
Le reste c’est zéro

pour faire de vieux os
faut y aller mollo
Dorio 14 juillet 2026
Ce poème me semble dessiner une véritable éthique de l’écriture. On y retrouve plusieurs étapes : l’oubli, la page vierge, l’héritage de Mai 68, la transformation de la révolte en fraternité, la lenteur assumée, l’inachèvement permanent, puis cette affirmation finale que l’écriture seule fait foi.
Je soulignerais enfin la qualité du rythme. Les vers, très libres, alternent images longues et formules brèves. Cette respiration donne au texte une allure de manifeste intime, sans jamais devenir démonstratif. C’est peut-être ce qui le rend convaincant : il ne dit pas ce qu’il faudrait écrire, il montre ce que signifie, pour vous, continuer d’écrire.
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