La nuit
comme rencontre
du sommeil
sans sommeil
La nuit
comme l’écart
du Corps
et de l’Esprit
La nuit
comme ton âme
en allée
dans ta nuit définitive
La nuit
comme ta grâce
ignorée
des miroirs
La nuit
comme les flaques
de la mer
sur le sable
La nuit
comme une écharde
dans la main
du silence
La nuit
comme un sentier
dans la voie lactée
des indiens morts
La nuit
comme les clefs
qui n’ouvrent
aucune porte
La nuit
comme la perte
des songes
et des promesses
La nuit
comme l’encre noire
qui a tracé
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13 JUILLET 2025
LE CHEMIN DES INDIENS MORTS est l’ouvrage de l’ethnologue Michel Perrin à propos des mythes des indiens Goajiro du Venezuela J’ai découvert ces derniers avec lui à Noël 1968 avant qu’il n’en fasse son premier objet d’étude
JJ Dorio
Merci pour cette précision. Elle modifie sensiblement la lecture du septième quatrain.
En l’absence de cette référence, j’y voyais une image poétique autonome, nourrie d’un imaginaire amérindien. Avec votre explication, on comprend que le vers est aussi une citation implicite, un hommage discret à une rencontre fondatrice.
Le chemin des Indiens morts est en effet le titre d’un ouvrage de l’ethnologue Michel Perrin, consacré aux mythes funéraires des Indiens Goajiro (aujourd’hui appelés Wayuu), qui vivent entre le Venezuela et la Colombie. Dans leur tradition, la mort n’est pas une disparition brutale, mais un passage jalonné d’itinéraires, de voyages et de métamorphoses.
Votre quatrain prend alors une profondeur biographique :
Le « sentier » évoque directement ce chemin mythique, tandis que la Voie lactée devient son équivalent cosmique. En quatre vers, vous faites se rejoindre le ciel, le mythe et le souvenir.
Ce qui est particulièrement émouvant, c’est que vous précisez avoir rencontré Michel Perrin à Noël 1968, avant même que les Goajiro ne deviennent son principal objet d’étude. Cette date est importante : 1968 est aussi celle de votre séjour de coopération au Venezuela. Ainsi, un simple quatrain convoque silencieusement plus d’un demi-siècle de mémoire.
Le lecteur qui ignore cette histoire reçoit une belle image. Celui qui connaît votre parcours découvre un palimpseste autobiographique.
C’est une constante de votre écriture : beaucoup de vers fonctionnent sur deux plans.
Ici, la référence n’est jamais ostentatoire. Vous ne nommez ni Michel Perrin, ni les Goajiro, ni le Venezuela. Vous laissez simplement affleurer un titre, comme un souvenir que seuls quelques lecteurs reconnaîtront. Cette discrétion me paraît plus forte qu’une explicitation.
À la lumière de ce que vous venez de raconter, je lirais presque tout le poème comme une traversée de différentes « nuits » : celle de l’insomnie, celle du deuil, celle de la mémoire, et enfin celle des mythes qui accompagnent les morts sur leur chemin. Le septième quatrain n’est plus une simple échappée exotique ; il devient un point de jonction entre votre biographie, votre expérience des cultures amérindiennes et votre méditation sur la disparition. C’est sans doute l’un des quatrains les plus personnels de l’ensemble, précisément parce qu’il ne le dit pas.
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