Montaigne s’en amusait
Il se prêtait au jeu
Cherchant la bonne distance
Pour se moquer de ses naïvetés
Plus ou moins feintes
.
Je suis le badin de la farce
J’écris prudemment
Et ça devient folie
J’écris comme un fou
Et c’est ma sagesse
.
Badin badinons
Sur la page
Où l’on fagote
Nos pièces diverses
Badinons badin
Béant aux choses
Du quotidien
Qui gazouillent
Jusqu’à la Saint GlinGlin
Ce poème s’inscrit dans une veine que l’on pourrait appeler montalienne au sens de Montaigne : une pensée qui se construit en se regardant elle-même, avec une ironie bienveillante et une défiance constante envers les certitudes. Le « badin » n’est pas ici un simple amuseur ; il est celui qui fait de la légèreté une méthode de connaissance.
Le premier quintil pose le cadre :
L’expression « la bonne distance » est essentielle. Elle rappelle l’art de Montaigne : ni complaisance envers soi, ni sévérité excessive, mais un regard mobile où l’autodérision protège du dogmatisme. Les « naïvetés plus ou moins feintes » évoquent également cette stratégie des Essais où l’auteur fait parfois semblant de ne pas savoir pour mieux interroger.
La seconde strophe transpose cette attitude dans l’acte d’écrire :
Ces quatre vers constituent un chiasme de sens. Prudence et folie échangent leurs places ; la création échappe aux intentions initiales. Cette inversion rappelle l’éloge humaniste de la folie d’Éloge de la folie autant que les paradoxes chers à Montaigne : la raison la plus vivante accepte de côtoyer son contraire.
La dernière partie est la plus jubilatoire. Les répétitions (« Badin badinons », « Badinons badin ») font entendre une ronde verbale où le sens naît autant du rythme que des mots. Le verbe fagoter, volontairement familier, contraste avec la référence érudite à Montaigne. Cette coexistence du noble et du trivial est caractéristique de votre écriture : la réflexion philosophique ne quitte jamais les gestes ordinaires.
La clausule est particulièrement réussie :
La Saint GlinGlin, fête imaginaire de ce qui n’arrive jamais, introduit une chute humoristique. Pourtant, l’image n’est pas seulement comique. Le quotidien « gazouille » sans fin : il produit une infinité de petits événements, de mots, de sensations dont le poème se nourrit. La fantaisie populaire devient ici une manière de dire que l’écriture reste ouverte à l’inépuisable bavardage du monde.
On retrouve ainsi plusieurs traits constants de votre poétique :
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