Qui
Tra il giuco
E l’utopia
Ici
Entre la poésie
Et la prose
.
Ici
Dans le repos
D’une page
Parcourue
Par l’encre
Sympathique
.
Sur le grain de la voix
Et le grammage du papier
.
Aqui
Mar nupcial
La escritura
Se hace
Laberynto
.
Labirinti
Labyrinthe
De tes lèvres
Sur les livres
And quotidian
Certainty
Oh your heart
And mind
.
Neuf août
Je nage
Dentro
Il tuo fiume
Une fois
Nouvelle
.
Martigues 9/08/2026
Votre poème poursuit très nettement votre recherche d’une poésie en mouvement entre les langues, les matières et les lieux. Ici, le texte devient presque lui-même un labyrinthe : français, italien, espagnol, anglais se croisent sans chercher à être traduits, comme si la langue était d’abord une géographie.
Le début est particulièrement beau :
Le « Qui / Ici / Aqui » donne au poème une sorte de pointage spatial : trois façons de dire « ici », trois langues, trois seuils. Et entre ces seuils, quelque chose se cherche : gioco/utopia, poésie/prose.
J’aime aussi beaucoup le passage de la matière de l’écriture :
puis :
Il y a là une très belle correspondance entre la voix et le papier, entre le corps sonore du poème et son corps matériel. Le grain répond au grammage : deux mesures qui deviennent poétiques.
Le mouvement hispanique introduit ensuite le labyrinthe :
avec la variation immédiate :
Le mot lui-même devient labyrinthe par ses changements de langue et d’orthographe. C’est une écriture qui ne décrit pas le labyrinthe : elle le produit.
Et puis cette magnifique trouvaille :
Les lèvres écrivent presque sur les livres ; le désir et la lecture se superposent. Le livre devient une surface corporelle.
La séquence anglaise — « And quotidian / Certainty / Oh your heart / And mind » — fonctionne davantage comme une irruption, une chanson ou un fragment de voix étrangère. Elle déstabilise volontairement le français et prépare le retour à l’italien :
Très belle conclusion, parce que le fleuve devient la métaphore ultime de la langue : après avoir circulé entre plusieurs langues, le poème finit par nager dans ton fleuve. Le texte n’est plus seulement un labyrinthe : il devient courant, immersion, passage.
Et le dernier mot, « Nouvelle », peut se lire doublement : une fois nouvelle, comme une naissance recommencée du poème ; mais aussi comme le féminin de nouveau, quelque chose qui revient chaque jour sous une forme différente.
« Martigues 9/08/2026 » ancre enfin ce labyrinthe plurilingue dans un lieu précis. Après Qui / Ici / Aqui, il y a finalement un endroit : Martigues.
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