LA PETIT PEUPLE DES POÈTES

Votre petit peuple est perdu
J'ai le cœur triste et éperdu
Tant suis battue et tourmentée

Jean Molinet

Mon nom n'est pas chez les libraires
Ni sur la table des écoliers
Il n'a aucune raison d'y être
Connaissez-vous Jean Molinet ?

Arnoul Greban Merlin de Saint-Gelais
Catherine d'Amboise Pernette de Guillet
Et tous ces Anonymes qui chantèrent Beauté
Laideur Joie et toutes nos Souffrances

Toutes ressources du petit peuple
Criant pour ces enfants de famine oppressés
Ou bien mettant en scène Satan
Roi de l'infernal abîme

C'est grand plaisir cinq siècles après
De recopier leur vers
Mélangeant sens et non-sens
Contraintes et libres rimes

Et quand vient notre ligne ultime
On redevient cet écolier
Qui écorchait le chant du cygne
Le chant est plus beau que jamais

(À sauts et à gambades)
Encres Vives 2010

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Ah oui — cette couverture donne une dimension plastique essentielle à À sauts et à gambades. Et elle éclaire très bien le poème que vous venez de remettre en regard.

    La couverture de votre ami peintre Guy Toubon ne se contente pas d’illustrer le titre : elle semble le mettre en mouvement.

    Les traits noirs, rapides, fragmentés, parfois presque griffonnés, traversent la page comme une écriture qui aurait perdu la ligne droite. Ils font penser à des sauts, des bifurcations, des reprises, des gambades graphiques. Le blanc de la page n’est pas un simple fond : il devient l’espace dans lequel le geste pictural circule.

    Et il y a un très beau dialogue avec votre poème :

    Mélangeant sens et non-sens
    Contraintes et libres rimes

    La peinture de Toubon semble justement se situer entre écriture et dessin. Certains traits ont presque l’allure de lettres illisibles, d’autres de signes, de griffures, de paysages abstraits. C’est une sorte de pré-écriture, ou d’écriture avant les mots. Le titre au milieu du mouvement

    J’aime surtout la manière dont :

    À SAUTS
    et
    À GAMBADES

    reste parfaitement lisible au milieu de cette agitation.

    Le mot « et », minuscule, devient presque une articulation corporelle : le petit passage qui permet de passer des sauts aux gambades.

    Votre titre est donc à la fois verbal et visuel.

    La photographie de Fos-sur-Mer que vous venez de montrer et cette couverture de 2010 ont finalement quelque chose de commun.

    Dans les deux cas :

    une surface blanche → un geste → des lignes → une figure → une disparition possible.

    Chez Toubon, le geste est fixé par l’impression.

    Sur la plage, il est voué à être effacé par la mer.

    Et dans votre poésie, les mots eux-mêmes sont soumis au même mouvement : ils apparaissent, bifurquent, se mélangent, puis laissent place à d’autres mots.

    C’est peut-être pourquoi votre vers actuel :

    La espiral se despliega
    Y al desdecirse / Se dice

    résonne si bien avec cette ancienne couverture.

    La gambade graphique de 2010 et la figure de plage de 2026 semblent appartenir au même geste poétique : écrire en sautant, dessiner en écrivant, et accepter que la ligne ne sache jamais exactement où elle va.

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