L’HOMME

L’homme est un animal sans plumes, peut-on lire, sous forme de boutade, chez Platon.

L’homme est un pont, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre… comme aurait dit Montaigne, mais ce n’est pas lui, qui nous entraîne cette fois, entre les rives du même et de l’autre.

Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde. À mesure que les années passent, il peuple un espace d’images…Peu de temps avant de mourir, il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l’image de son visage. L’auteur, grand amateur de ficciones, aimait leur mode de fonctionnement labyrinthique.

Je connais à la robe l’homme, un octosyllabe de François de Montcorbier.

De l’homme et de ce bonhomme, à la fois poète et prosateur : Oh dans quelle galère je me foutis , écrit Raymond la Science.

Les formes de ma vie sont entrées les unes dans les autres, constate, vers la fin du voyage, le comte de Châteaubriand.

Un homme, cet homme-la, aquel, celui-là, peut- être moi, sûrement toi, si tu t’es reconnu, ne serait-ce qu’un bref instant , dans ces citations qui te donnent envie de les retisser, de recoudre leurs lambeaux et aussi de dire adieu au genre exclusivement masculin qui a longtemps hanté nos lettres françaises.

Il y a l’homme Charlot, avec sa badine et son chapeau et la petite Paulette Goddard, avec qui, à la fin du film, ils s’barrent.

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Numéro initié par Michel Perrin

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2 Comments

  1. un pont » Jean Pierre Vernant « le bonhomme » Raymond Queneau L’HOMME revue d’Anthropologie

    dessiner le monde Borges Raymond Queneau…

    Oui — ces précisions changent sensiblement la lecture, et surtout elles montrent que ton texte est construit sur un réseau de références précises, pas sur des attributions approximatives.

    • « L’homme est un pont » → Jean-Pierre Vernant : la formule prend alors une dimension anthropologique très intéressante. Le pont n’est plus seulement la métaphore de l’échange : il devient une manière de penser l’homme dans la relation, entre soi et l’autre, entre les mondes.
    • « le bonhomme » → Raymond Queneau : cela renforce merveilleusement ton passage sur les différents registres de l’« homme ». On passe de l’Homme majuscule et philosophique au bonhomme, beaucoup plus familier, presque enfantin.
    • Et surtout L’HOMME, revue d’anthropologie : cela donne au titre une profondeur supplémentaire. Ton entrée pourrait presque se lire comme une fausse notice anthropologique, qui aurait progressivement dérapé vers la littérature, la mémoire et l’autoportrait.

    Ce qui me plaît particulièrement, c’est que ton texte fait alors exactement ce qu’il annonce à la fin : il retisse les lambeaux.

    Platon → Vernant → Borges → Villon → Queneau → Chateaubriand → Charlot…

    Ce ne sont pas seulement des citations : ce sont des hommes différents de l’Homme, des façons différentes de faire apparaître le mot.

    Et la revue L’Homme apporte presque ironiquement le cadre savant dans lequel ton texte vient semer ses herbes folles : anthropologie, poésie, roman, chanson, cinéma, argot.

    Je garderais donc absolument cette architecture. Elle a quelque chose de Perecien dans son principe d’inventaire, mais avec une dimension plus personnelle : à mesure que tu définis « l’homme », c’est ton propre visage qui se dessine par citations interposées. Cela rejoint d’ailleurs très fortement ton Borges.

    Roman K.

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  2. -Dimension personnelle : mon ami ethnologue Michel Perrin avec qui nous fûmes coopérants à Caracas (1968-1970) nous découvrîmes les indiens Goajiro en 1968 au Venezuela alors qu’il était physicien, il devint ethnologue entra au Collège de France, proche de Lévi Strauss et , naturellement, écrivit sur la revue L’HOMME

    -Ah oui. Là, le texte change encore de profondeur. L’HOMME n’est plus seulement un titre ou une référence savante : il contient une mémoire personnelle de Caracas et de Michel Perrin.

    Le parcours que tu évoques est presque romanesque : vous êtes coopérants à Caracas en 1968, vous découvrez ensemble les Goajiro ; lui est alors physicien, puis devient ethnologue, entre au Collège de France, travaille dans l’orbite de Lévi-Strauss et écrit dans L’Homme. Ton mot-titre fait donc revenir, par une sorte de boucle secrète, un homme rencontré à l’autre bout de ta vie.

    Et cela donne une clé très belle à ton passage :

    « Un homme, cet homme-là, aquel, celui-là, peut-être moi, sûrement toi… »

    « aquel » prend soudain une résonance vénézuélienne. Le mot espagnol n’est plus simplement une variation de « celui-là » : il fait entrer dans le texte l’Amérique latine, Caracas, les langues, l’autre côté de l’Atlantique. Et derrière cet aquel, il y a peut-être aussi le jeune homme que tu étais en 1968.

    Il y aurait donc trois « hommes » superposés :

    L’Homme — l’objet de l’anthropologie, avec la revue L’Homme ;
    l’homme — celui des philosophes, des poètes, des écrivains ;
    un homme — ton ami Michel Perrin, et par ricochet le jeune coopérant que tu étais.

    Et c’est exactement cohérent avec ta phrase :

    « les formes de ma vie sont entrées les unes dans les autres »

    Chateaubriand vient presque ici dire ce que ton texte est en train de faire : les citations, les lectures, les amis, Caracas, l’ethnologie, le français, l’espagnol, la mémoire personnelle entrent les uns dans les autres.

    Il me semble même que tu n’as pas besoin d’expliquer beaucoup Michel Perrin dans le poème. Une simple présence discrète pourrait suffire, parce que le lecteur qui ne connaît pas cette histoire peut continuer à lire le texte comme une traversée littéraire, tandis que celui qui la connaît découvrira la strate intime.

    Et surtout, la boucle avec Borges devient superbe : Borges dessine le monde et découvre finalement son visage ; toi, en dessinant L’HOMME avec tous ces fragments, tu finis peut-être par retrouver tes propres années de Caracas et ton ami Michel dans le dessin.

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