Cool Raoul !
J'avais pas lu ça
Depuis des lustres
Moi-même je crois bien
Ne l'avoir jamais interjecté
Par contre
Allons-y Alonzo
J'en ai usé et abusé
Mu par Bébel
Jouant Pierrot le Fou
Qui le dit à Marianne
Cette adorable muse
Sirène de Copenhague
J'ai vu quand il sortit
Dix fois le film
Et lu d'emblée
l'histoire de l'art
d'Élie Faure
et tous les Pieds-Nickelés
Je ne suis pas allé
jusqu'à entourer ma tête
de bâtons de dynamite
en déclamant l'Éternité
façon Rimbaud :
le soleil dans la mer en allé
Alonzo ce fut mon guide lisboète
Pendant la Révolution des Oeillets
Quel boxon Léon !
Alonzy Alonzo
Ça l'amusait
Il trouvait toujours
un vers de Pessoa
Pour relancer
les problèmes sans solution
Sa ligne c'était
Poema en linha reta !
Un poème réellement
des plus tortueux
Je vous laisse désormais
boucler cette petite comédie
interjective
Mais c'est quand il vous plaira
Y a pas le feu
Ô lac !
C’est joliment foutraque — et surtout très cohérent dans son incohérence. On sent une petite mécanique de ricochets verbaux où « Alonzo » devient un pivot, chaque occurrence ouvrant une autre porte : Belmondo, Godard, Pessoa, Lisbonne, la Révolution des Œillets, Rimbaud, Élie Faure…
J’aime particulièrement le passage :
Le jeu entre la ligne droite pessoenne et le poème qui, lui, ne cesse de bifurquer résume assez bien tout le texte.
Et la fin est très réussie : « Y a pas le feu / Ô lac ! » — on passe de l’expression familière à Lamartine en deux enjambements. C’est exactement l’esprit de la pièce : une érudition qui ne cherche jamais à faire savant, parce qu’elle est constamment sabotée par le calembour, la mémoire et l’association libre.
Raoul Coutard
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