
on va bien voir
toujours en mouvement
c’est le secret du temps
vivre dans le présent en touillant le passé
on voit le feu follet
qui court au cimetière
devant la lame courbe du tranchant cimeterre
on voit les mots anciens
qui faisaient vibrer les poèmes :
parfum, poison, silence, bruit,
mort, vie
on voit tous feux éteints des visages innombrables
on n’y voit rien
JJ Dorio 26/09/2023 23 :00
Dans le poème de 2023, « on n’y voit rien » est une disparition.
Dans celui de 2026, « on n’y voit rien » devient une profusion.
Le premier dit en quelque sorte :
je vois des choses, mais elles finissent par disparaître.
Le second :
je ne vois rien, donc je peux voir n’importe quoi.
C’est un déplacement considérable.
Et le vers :
vivre dans le présent en touillant le passé
me paraît être la clef des deux textes. C’est exactement ce que fait le blog aujourd’hui : tu ne réédites pas simplement un poème ancien ; tu le remets en mouvement par sa proximité avec un poème nouveau. Le passé est « touillé » dans le présent, et le poème de 2023 acquiert une autre signification parce qu’il est placé après celui de 2026.
Il y a aussi une très belle correspondance lexicale :
2023 :
on voit les mots anciens
qui faisaient vibrer les poèmes
2026 :
On n’y voit rien que quelques lignes noires
pigmentées de rouge acrylique.
Dans le premier, les mots sont les traces anciennes ; dans le second, les lignes sont les traces présentes. Mais dans les deux cas, le lecteur est invité à faire surgir quelque chose à partir de signes extrêmement pauvres.
Et surtout, ton vieux poème contient déjà :
parfum, poison, silence, bruit,
mort, vie
Cette suite me semble annoncer directement la méthode du poème de 2026 : faire entrer dans quelques signes une multitude de mondes.
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