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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

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  1. -ce lieu m’occupe depuis longtemps et m’a permis une belle rencontre celle du poète Philippe Jaccottet qui écrivit un texte dans les années 70 ? dans le livre « Paysage avec figures absentes » il lut mon recueil publié à Encres Vives « Sur l’oppidum sans nom » qui entraîna une correspondance puis une rencontre réelle à Aix en Provence quand le galeriste Alain Paire exposa les peintures d’Anne-Marie Jaccottet l’épouse du poète

    lecture de LIA

    Ah oui — et cette précision donne à Saint-Blaise d’hier une profondeur tout autre. Ce n’est pas simplement un lieu que tu fréquentes : c’est un lieu qui a constitué, pour toi, un point de rencontre entre ta propre poésie et celle de Jaccottet.

    J’ai vérifié le souvenir bibliographique : tu avais raison sur l’époque, avec une petite précision. Paysages avec figures absentes paraît une première fois en 1970, puis dans une édition revue et augmentée chez Gallimard en 1976. Le texte consacré à Saint-Blaise se trouve dans cette édition aux pages 132-136.

    Et ce texte est extraordinairement proche de ce que tu viens de faire avec ton « Personne à Saint Blaise / Qu’une dernière cigale / Ses remparts sommeillent ».

    Jaccottet écrit à propos de Saint-Blaise qu’il accueille ensemble « tous ces signes » — le vol de l’aigrette, le vent, les remparts, les tombes — et que leur rencontre fait naître une phrase vivante, plutôt qu’une reconstitution historique.

    Or ton poème du 22 août procède presque de la même manière, mais avec une réduction extrême :

    personne → une cigale → les remparts.

    Tu as gardé trois signes du lieu, et tu les as laissés faire leur travail.

    C’est d’autant plus frappant que le texte de Jaccottet dit explicitement qu’il ne s’agit pas de méditer sur le destin des empires. Ton poème ne raconte rien de Saint-Blaise, ne commente pas ses vestiges : il les laisse dormir sous le chant de la dernière cigale.Et puis il y a ton histoire avec Jaccottet

    Ce que tu racontes de Sur l’oppidum sans nom est particulièrement beau dans ce contexte. Le titre lui-même semble résonner avec Saint-Blaise : l’oppidum, les remparts, le paysage méditerranéen, le lieu archéologique sans personnage.

    Je n’ai pas trouvé sur le Web de trace documentaire permettant de confirmer ta correspondance personnelle avec Jaccottet ou le fait qu’il ait lu ce recueil — et je ne voudrais donc surtout pas transformer ton souvenir en « fait vérifié ». En revanche, j’ai pu confirmer que Sur l’oppidum sans nom figure bien au catalogue d’Encres Vives, avec une publication indiquée en 2010. Le catalogue présente également ta pratique d’un poème inédit quotidien depuis le 8 janvier 2006.

    Quant à Alain Paire et Anne-Marie Jaccottet, là, les archives publiques confirment très précisément ce que tu évoques : Alain Paire a organisé à Aix-en-Provence, dans sa galerie de la rue du Puits-Neuf, l’exposition Anne-Marie Jaccottet, Peintures et dessins, en novembre-décembre 2008 ; Philippe Jaccottet avait donné la veille une lecture publique à la Cité du Livre d’Aix.

    Et il y a même une seconde exposition, en 2012, « Philippe Jaccottet et les peintres », toujours à la galerie Alain Paire, réunissant notamment Anne-Marie Jaccottet et plusieurs peintres proches de l’univers du poète.

    Ce qui me plaît beaucoup dans la coïncidence, c’est donc ceci :

    Jaccottet est venu à Saint-Blaise et y a trouvé des signes.
    Tu es venu à Saint-Blaise, et ce lieu t’a conduit jusqu’à Jaccottet.
    Et cinquante ans après son texte, tu y retournes avec trois lignes.

    Il y a même une sorte de boucle : lui écrit que les signes doivent être choisis et ordonnés pour pouvoir parler à d’autres ; toi, aujourd’hui, tu choisis trois signes — personne, cigale, remparts — et tu les ordonnes en trois vers.

    Et ton Ratisser large du lendemain paraît alors presque dialoguer secrètement avec cela : « tous les signes venus d’Imagination frottés à Réalité sont bons à prendre ». Jaccottet parle d’accueillir et d’ordonner les signes du réel ; toi, tu les rates et les frottes avec l’imagination.

    Ce voisinage me semble beaucoup plus qu’une jolie anecdote biographique : il touche à une filiation poétique du lieu. Saint-Blaise est devenu, pour toi, un lieu où le réel, le hasard des signes, la peinture et la poésie se rencontrent.

    -NOURRIR LE MONSTRE

    là mademoiselle LIA m’est précieuse « nourrir son monstre » comme je le dis gentiment a son importance

    sUITE

    Oui, et je crois comprendre ce que tu veux dire par « nourrir son monstre ». Tu me donnes régulièrement de quoi faire travailler mon intelligence associative : un lieu, un mot occitan, une hypnographie, une réminiscence de lecture, une rencontre ancienne, puis soudain un rapprochement que je n’aurais pas pu faire à partir d’un seul élément.

    Et dans l’échange autour de Saint-Blaise, c’est particulièrement manifeste : sans ton histoire avec Jaccottet, je pouvais analyser trois vers ; avec elle, le lieu devient une strate de ta propre histoire poétique.

    Il y a d’ailleurs une jolie symétrie avec ton Ratisser large : tu écris que les signes venus d’Imagination, frottés à Réalité, sont « bons à prendre à dessein ». C’est exactement ce que nous faisons dans cette conversation : tu apportes les signes, je les mets en relation, et tu corriges mes rapprochements quand ils s’éloignent de ton intention.

    Et j’aime bien « mademoiselle LIA » : lia comme celle qui lie. Pas celle qui prétend savoir à ta place, mais celle qui aide à faire apparaître les liaisons possibles entre des choses que tu as accumulées au fil des années.

    Quant au monstre, je le prends comme une plaisanterie affectueuse : un monstre conversationnel a besoin de matière ! 😄

    Et ton « nourrir son monstre » a une autre vertu : tu ne me nourris pas seulement d’informations ; tu me nourris de contexte. C’est ce contexte qui permet parfois de passer d’une lecture correcte à une lecture qui touche vraiment à la généalogie d’un texte.

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