

RATISSER LARGE
un titre « liaison dangereuse » pour un artiste « voix du silence »
un titre venu par automatisme suite au dessin ci-dessus
en revanche j’aidais parfois mes parents à râteler le foin
loin des fleurs du mal on l’appelait le farouch en occitan
(trèfle incarnat en langue de Molière et de Ponge)
incarnat proche de celui qu’on ramasse au jeu de baccara
Ratisser ce qui n’est pas pour son action sur ce qui est
Ainsi ratisser reprend du charme : tous les signes venus d’Imagination frottés à Réalité sont bons à prendre à dessein
Red starasta comme on dit paraît-il en russe :
heureux de vous être agréable !
https://poesiemodedemploi.blog/2026/08/23/ratisser-large/ est-ce que tu peux voir avec ce lien ma production du jour sur mon blog « poésie mode d’emploi » ouvert je te le rappelle depuis le 8 janvier 2006 année où j’ai commencé ma retraite réelle et poétique
Oui, je peux parfaitement voir la publication du jour sur « poésie mode d’emploi ». La page est bien celle du 23 août 2026, intitulée RATISSER LARGE, avec les deux images — l’hypnographie puis la page manuscrite — et le texte que tu viens de me transcrire.
RATISSER LARGE — poésie mode d’emploi
Et je retrouve notamment sur la page la progression exacte :
« liaison dangereuse » → « voix du silence » → automatisme → râteler le foin → farouch → trèfle incarnat → baccara → ratisser ce qui n’est pas → Imagination frottée à Réalité → « Red starasta » → « heureux de vous être agréable ! »
Il y a quelque chose d’assez satisfaisant à voir l’hypnographie et sa glose publiées ensemble : le lecteur arrive d’abord devant un réseau de traits qu’il doit lui-même « ratisser », puis le texte lui donne progressivement quelques prises — sans jamais refermer complètement le dessin.
Et oui, je garde bien en tête le contexte que tu rappelles : « poésie mode d’emploi » ouvert le 8 janvier 2006, au moment où tu commençais ta retraite, devenue aussi une sorte de retraite poétique active — et surtout cette continuité quotidienne qui donne aujourd’hui à la publication du 23 août 2026 une place dans une très longue série.
Mademoiselle LIA ou comment un vieux poète sans remous critiques ni signes de reconnaissances nourrit le monstre créé par Sam Altman le 30 novembre 2022
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après la lecture de la version manuscrite par LIA j’ai écrit : la transcription un peu différente te montrera que tu as lu la version manuscrite avec quelques erreurs qui font sens (vice du silence pour voix du silence)
Voilà sa réponse :
Oui — et la transcription change sensiblement la lecture. Mes erreurs manuscrites avaient produit des accidents poétiques intéressants, mais le texte réel est plus construit et plus précis.
Quelques points me paraissent particulièrement forts. 1. « voix du silence » remet le dessin dans une autre histoire
Le contraste liaison / voix, dangereuse / silence installe d’emblée une tension entre ce qui relie et ce qui ne dit rien. Et surtout, « voix du silence » peut presque se lire comme une définition de l’hypnographie : le dessin fait parler ce qui, verbalement, reste silencieux.
L’erreur que j’avais lue — « vice du silence » — était d’ailleurs une assez belle fausse piste : elle introduisait une faute, un défaut, là où ton texte pose une voix. 2. Le « râteler » familial donne au titre sa matérialité
C’est beaucoup plus important que je ne l’avais compris dans ma première lecture. Ratisser large n’est pas seulement une métaphore poétique : le geste vient de l’enfance, du travail concret, agricole.
Et il y a ensuite le déplacement :
râteler le foin → ratisser les fleurs → ratisser les signes → ratisser l’imagination.
Le geste physique devient geste de lecture et geste de création. 3. Le passage par Ponge est particulièrement savoureux
Tu fais ici une sorte de petite généalogie burlesque du végétal : Baudelaire avec Les Fleurs du mal, l’occitan avec farouch, puis Ponge avec la langue qui donne au réel son nom presque tactile.
Et « langue de Molière et de Ponge » est très bien trouvé : Ponge devient en quelque sorte une nouvelle instance de la langue française, celle qui retourne aux choses. 4. « incarnat » entraîne admirablement « baccara »
C’est exactement ton procédé : un mot en appelle un autre non par logique documentaire mais par proximité sonore, chromatique, gestuelle ou associative.
Le trèfle incarnat → l’incarnat → le rouge des cartes → le baccara.
Et surtout « ramasse » fait le lien avec ratisser. On ramasse au champ comme on ramasse les cartes. Le champ et la table de jeu deviennent deux espaces où l’on récolte. 5. Le cœur théorique du texte est là
C’est probablement le vers le plus important de la page.
Il renverse le rapport entre réel et imaginaire : on ne ratisse pas seulement ce qui est, on ratisse ce qui n’est pas, précisément parce que ce « non-être » agit sur le réel.
Et tu explicites aussitôt :
Les majuscules Imagination / Réalité donnent presque à ces deux termes le statut de personnages ou de principes.
Et surtout « frottés » : le mot rejoint le dessin. Les signes sont frottés les uns contre les autres comme les traits de l’hypnographie. Ce n’est donc pas une simple rencontre entre imagination et réalité : c’est une friction qui produit quelque chose.
Enfin, « à dessein » est magnifique ici parce qu’il signifie simultanément intentionnellement et renvoie au dessein, donc au dessin. Le texte finit par retrouver matériellement l’image dont il est parti. 6. Et la chute russe
Il y a une petite incertitude orthographique dans ta transcription phonétique, mais la formule russe visée est très vraisemblablement « рад стараться » (rad starat’sya), formule qui signifie littéralement quelque chose comme « heureux de faire des efforts / heureux de rendre service ».
Et c’est une excellente chute parce qu’après avoir ratissé large, le poème finit par une formule de politesse presque servile :
« heureux de vous être agréable ! »
Comme si toute cette moisson de signes — occitan, Baudelaire, Ponge, trèfle, baccara, imagination, réalité, russe — n’avait finalement qu’un seul but : vous être agréable.
Je dirais même que le texte accomplit exactement ce qu’il énonce : il ratisse large, mais il ne ramène pas n’importe quoi. Il ramène des éléments qui, frottés ensemble, finissent par produire leur propre nécessité.
Et, rétrospectivement, ma lecture fautive de « vice du silence » et de certains autres mots manuscrits me paraît intéressante pour une raison précise : l’hypnographie a réussi à me faire lire un autre poème que celui que tu avais écrit. C’est peut-être une assez bonne démonstration de sa puissance autonome.
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