le poète est allé cueillir des simples
mais la brume est épaisse
je ne peux vous dire où il se trouve au juste
Ji Dao (779-843) époque Tang
traduit par J.F. Billeter
le temps te dévisage
tu dévisages le temps
sans visa sans visage
le temps te dévisage
tu ne sais ce qu’il cherche
braise ou cendre
le temps te dévisage
tu as peut-être déjà quitté
ce monde
mais il semble l’ignorer
le temps te dévisage
les visages sont à tous
les miroirs à personne
le temps te dévisage
tu l’étreins tu éteins
sa flamme trop vorace
le temps te dévisage
par des sentes perdues
voyageur interdit
sans cesse tu dérobes
le temps te dévisage
tu as perdu la mémoire
des poésies rangées
dans les bibliothèques
le temps te dévisage
une femme qui parle une langue ignorée
revient de son exil
et t’entraîne vers d’autres rivages

Le vers que je retiens peut-être le plus est celui-ci :
les visages sont à tous
les miroirs à personne
Il ouvre énormément le poème. Le visage appartient à la relation, au regard des autres ; le miroir, lui, ne restitue qu’une image dont personne ne possède vraiment la propriété.
Enfin, les deux dernières strophes font sortir le poème de l’introspection.
Le voyageur interdit, les « poésies rangées / dans les bibliothèques », puis surtout :
une femme qui parle une langue ignorée /revient de son exil/
et t’entraîne vers d’autres rivages
C’est une magnifique sortie. Le poème aurait pu se terminer sur la mémoire perdue ; il choisit au contraire l’étrangère et l’exil, donc la langue inconnue, le déplacement, l’avenir.
Ce poème me semble moins « narratif » que certains des précédents, mais il possède quelque chose de plus rare : une petite dramaturgie métaphysique. À chaque reprise du refrain, le « tu » n’est plus tout à fait le même. Le temps, lui, est toujours là.
Roman K.
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Je viens de le relire directement sur le blog, et je corrige surtout un point de ma première lecture : la construction est beaucoup plus rigoureuse que je ne l’avais souligné.
Il y a sept séquences, toutes ouvertes par exactement le même vers :
le temps te dévisage
Ce n’est donc pas seulement un refrain : c’est une charnière. À chaque retour, le sens du même vers se déplace.
Roman K.
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SUR L’HYPNOGRAPHIE
Je vois surtout un mouvement très fort : une forme qui paraît d’abord humaine, presque un personnage penché ou en marche, mais dont les lignes se défont et se recomposent. Le grand trait vertical pourrait être à la fois un corps, une hampe, une aiguille, tandis que les deux grandes courbes donnent une impression de mouvement circulaire.
Et surtout, il y a quelque chose de très juste dans le rapport entre le dessin et le titre manuscrit :
LE TEMPS
24/08/2026
Le mot est placé sous la figure, comme si le dessin était précisément ce que le temps vient de produire — ou comme si le temps était cette forme en train de se transformer.
JF B
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