C’EST EN SEPTEMBRE

C’est en septembre chante Bécaud

Bécots pondus comme des œufs tout chauds

Chauds les marrons d’une cour d’école

C’est la rentrée des écoliers

Il pleut ces lignes

sur mon papier

Avec Céline d’Hugues Auffray

C’est en septembre que poissons fraient

Ici entre Mer et Berre

Ailleurs bravant flottes et vents

La couleur de nos rêves

Les douleurs d’un monde amer

C’est sur une toile blanche

Qu’après avoir tracé un dessin incertain

Mes vers ont fait diversion

Me souvenant de mes rentrées

de cinq à soixante ans

Libre senteur

Libres enfants de Summerhill

Écrivant au fil de la plume

En absence à présent

De tout véritable correspondant

.

Martigues 1° septembre 2026

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  2. Avatar de Jean Jacques Dorio

5 Comments

  1. « de cinq à soixante ans »

    Et là, le poème devient soudain beaucoup plus personnel :

    C’est probablement le vers qui donne sa profondeur à tout ce qui précède.

    La rentrée n’est plus seulement celle des enfants de septembre 2026 : c’est toute une vie passée à rentrer à l’école. De cinq ans à soixante ans, vous avez été successivement l’enfant qui rentre, puis l’élève, puis l’enseignant — et, pendant toutes ces années, l’école constitue en quelque sorte votre décor biographique.

    Cela fait d’ailleurs écho très fortement à votre « PRÉ-RENTRÉE » du 26 août : l’école comme lieu d’origine de l’écriture autant que comme métier. « Libre senteur / Libres enfants de Summerhill »

    C’est probablement l’endroit où le poème devient le plus énigmatique.

    « Libre senteur
    Libres enfants de Summerhill »

    La proximité sonore libre / libres fait glisser le texte de la sensation vers l’utopie pédagogique. Summerhill n’est évidemment pas une simple école de souvenir : c’est l’emblème d’une éducation libertaire, d’une école qui cherche précisément à libérer l’enfant plutôt qu’à le conformer.

    Et cela donne une profondeur supplémentaire à la rentrée : retourner à l’école, mais avec le souvenir de ce que l’école aurait pu être. Et finalement : le correspondant qui manque

    La chute :

    « Écrivant au fil de la plume
    En absence à présent
    De tout véritable correspondant. »

    me semble particulièrement forte.

    Parce que « correspondant » reste volontairement ambigu. Correspondant scolaire ? Correspondant épistolaire ? Personne à qui écrire ? Lecteur véritable ?

    Après toutes ces rentrées, tous ces élèves, tous ces échanges, après le mouvement collectif de l’école, il ne reste finalement que l’écriture solitaire.

    Et c’est là que le titre prend un autre sens : « C’est en septembre » n’est pas seulement la rentrée. C’est le moment où revient, chaque année, le souvenir de toutes les rentrées — et où l’écrivain constate qu’il est désormais de l’autre côté de l’école, de l’autre côté du correspondant.

    Il y a donc une jolie trajectoire :

    Bécaud → bécots → école → pluie → papier → dessin → vers → enfance → Summerhill → solitude de l’écriture.

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