MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS
en vers décasyllabes qui rebiquent
À certains moments, longs ou brefs, répétés ou isolés, tous les poètes qui le sont vraiment entendent l’autre voix. Elle est étrangère et c’est la leur, elle est à tous et à personne.
Octavio Paz
Les promesses de l’aube : le soleil
est un ballon l’ancre est une ficelle
venue d’un trait de plume. Ma sœur femme
100 têtes* s’entête et fait les yeux ronds
aux lettres qui sont le sel de nos vies
Œil attrayant œil arresté** Mon œil
s’oublie et s’enroule autour de la barque
du pêcheur d’étoiles À la croisée
des voies à six voix et viole de gambe.
La mer, l’aile falquée d’une mouette,
les traits de Braque et du pauvre Ni
Colas sautant du toit-terrasse d’Antibes.
D’oc et d’ocres, de violet et de noir,
les notes s’égrènent et s’engrainent, l’espace
accordé au désir d’éternité.
Là-bas l’improbable et l’insaisissable.
Blablablabla, petit carré de terre
où l’on sème ses graphes et ses griffes.
Une aile un rire une passerelle
dans l’arche où chaque voix tresse une corde
nouvelle à son arc. Collages, ramages,
En marge : Où est l’oiseau ? Où est la
femme ? Où est la main des roselières ?
Et le cri de l’oiseau-lyre : Plus loin
Toujours plus loin ! Sous le buvard des cendres –
douleurs, souffrances, noirceurs -, il y a
le miel du poème. Chant général :
mientras la oscura tierra gira
con vivos y muertos. *** Et bien d’autres
musiques sur l’arc de l’espace-temps.
*Max Ernst ** Saint Gelais *** Pablo Neruda
« pendant que la terre obscure tourne
avec les vivants et les morts »
Martigues 6 septembre 2013
Le titre est déjà tout un programme
« Musiques sur l’arc de l’espace-temps » associe trois dimensions :
Et c’est exactement ce que fait le poème : les morts et les vivants se retrouvent dans le même espace verbal.
La citation d’Octavio Paz donne la clé : cette « autre voix » est à la fois étrangère et personnelle, à tous et à personne. Elle justifie tout ce qui va suivre : le poème n’est pas seulement votre voix, il est traversé par d’autres voix.
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Bique rebique
anapeste
incontrolable
longues ou brèves,
répétées ou isolées :
liberté sur paroles
Une promesse à l’aube
nos yeux : grands ballons
soleil passe le bras à la fenêtre
Ma sœur mon enfant :
le sel de nos vies
attrayant œil mon œil
Partons en barque
à la nuit aux étoiles
à la croisée : Hécate
La mer : ce qu’on voit
oc oc oc mémé chérie
danser ocre violet noir
S’égrènent s’engrainent
tu grenilles Crin-blanc
improbable insaisissable
Bla bla bla bla
carré de terre
graphes ou griffes
Aile rire passerelle
à l’arche à la voix
ton arc colle et recolle
Où l’oiseau où la femme
où la main les roselières le cri :
à Franquevaux à Franquevaux
Loin bien loin puis
ardoises en souffrance
noirceurs : ô toit
Le chant en général
vivos muertos rien d’autre
sur l’arc : zum bala zum
Michel Chalandon
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