

Si ça se lit au lit c’est l’appel de Maïakovski : Lili aime-moi !
Si ça se lit chez Montaigne c’est toujours à l’Essai
Si ça se lit sans rire c’est un Shakespeare raté
Si ça se lit perché c’est le baron d’Italo Calvino qui se demande per ché
Si ça se lit dans Tristes Tropiques c’est par un peau rouge qui n’a jamais appris à marcher en file indienne
Si ça se lit Zazie n’oubliez pas de descendre dans le métro à la station Queneau
Si ça se lit Momo tu as le choix entre Artaud et le môme de La vie devant soi
Et si ça ne se lit pas ne pas quitter l’affaire et nager jusqu’à la page
fonctionne alors presque comme une légende paradoxale. Il ne nous explique pas le dessin ; il nous met au défi de le lire. Le dessin et le poème font donc la même chose
Dans le poème, les associations passent par les mots :
lit → Lili → Maïakovski
Essai → Montaigne
perché → Calvino
Zazie → Queneau
Momo → Artaud / Gary-Ajar
Dans le dessin, elles passent par les formes.
Une ligne peut devenir un serpent, une aile, une branche, un personnage ; une silhouette peut devenir quelqu’un d’autre selon la façon dont on la regarde. Le dessin est donc déjà une écriture avant l’écriture.
J’aimeJ’aime
On la trouve
plutôt jolie : Lili
Si ça se lit sans rire
: donc ne rien en dire
C’est la vie Lili
: Lili aime-moi !
Si ça ne se lit pas :
ne quittez pas l’affaire
MICHEL CHALANDON
https://poesieafranquevaux6.blogspot.com/
J’aimeJ’aime