PRÉSENTS DE PARADIS

Dessin de Claude Brugeilles

page 1

p 16

Présents de Paradis Prétextes

Présent de paradis 4° couverture

.

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JJ Dorio

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13500 Martigues

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  1. 1. La couverture : le paradis n’est surtout pas un lieu tranquille

    Le dessin de Claude Brugeilles est déjà une sorte de machine à produire du paradis.

    Il y a l’oiseau central, qui peut être lu comme une colombe mais qui n’est pas une colombe simplement symbolique. Il traverse le dessin. Autour de lui, tout est en mouvement : cercles, spirales, yeux, fleurs, feuillages, lignes, visages, architectures. Et surtout, le dessin est entièrement fait de traits : le paradis n’est pas une image préexistante, il est fabriqué par le trait.

    C’est important parce que le mot « Présents » est inscrit dans le corps même de l’oiseau. Le paradis devient donc moins un ailleurs qu’un présent à traverser.

    Et il y a une chose que je trouve particulièrement intéressante : l’oiseau semble porter le mot Paradis, mais il ne le transporte pas vers un lieu céleste. Il le fait passer dans le monde extraordinairement encombré du dessin.

    Autrement dit :

    le paradis n’est pas derrière le monde ;
    il est dans la profusion du monde.

    C’est déjà exactement la direction que prendra la quatrième de couverture.

    …………………………………………………………………………………………………………………………………….

    2. La première page : « UN PETIT GOUT DE PARADIS »

    Le début est presque une mise en garde :

    « UN PETIT GOUT DE PARADIS… non on ne peut commencer ainsi… »

    Le texte refuse immédiatement la belle entrée en matière qu’il vient lui-même de proposer. Il annonce le paradis, puis se reprend. « Le Paradis annoncé » devient presque suspect.

    Et surtout, le texte passe du grand Paradis au petit lieu :

    « Là ce n’est qu’un petit lieu… presque un jardin »

    Puis apparaissent les arbres fruitiers, les fleurs, les haies, les plantes « dorantes », le potager refusé, la vue, l’odorat.

    On descend donc du concept au sensible.

    Et finalement le paradis devient peut-être :

    « un modeste paradigme maternel »

    C’est une très belle torsion du titre. Le Paradis religieux, métaphysique ou philosophique est ramené vers quelque chose de beaucoup plus originaire : le corps, le lait, la nourriture, la branche de l’arbre.

    La dernière image est particulièrement révélatrice :

    « la méconnaissance »

    Le paradis serait donc peut-être ce qui existe avant que nous sachions que c’est le paradis.

    C’est une idée qui me paraît fondamentale dans le recueil.

    ……………………………………………………………………………………………………………………………………………….

    3. La page 16 : le paradis devient le temps

    Et là, le déplacement est radical.

    On part de :

    « VOILÀ C’EST TOUT… C’EST FINI »

    pour arriver à :

    « l’instant d’après »

    Puis au temps qui passe, à la fluidité, aux chevaux, aux bœufs, à l’arrêt, à la verticalité.

    Et enfin :

    « Un enfant qui joue… plus sérieux qu’un roi… »

    C’est probablement l’un des endroits où le titre Présents de Paradis prend tout son sens.

    Le paradis n’est plus un jardin.
    Il n’est plus même un état.

    Il est le présent.

    L’enfant joue. Le temps joue. Nous jouons avec lui. Et la phrase :

    « nous avons un pied aussi large qu’un soleil »

    réintroduit le corps et l’enfance dans cette réflexion sur le Temps.

    Il y a donc une sorte de parcours :

    jardin → corps → enfance → temps → présent.

    Et ce qui était annoncé comme « Paradis » au commencement se transforme progressivement en expérience du présent.

    …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

    4. Les « Prétextes » : le mot est particulièrement juste

    La page intitulée « TROIS SOUFFLES BIENFAITEURS » est à mon avis capitale. Elle donne les trois voix qui précèdent le livre : Séverine Auffret, Tzvetan Todorov et Nathalie Sarraute.

    Et leurs trois fragments ne disent pas exactement la même chose.

    Auffret apporte le paradis terrestre, la « phrase », le déploiement.

    Todorov oppose le bonheur à la perfection et introduit le jardin imparfait.

    Sarraute, elle, fait entrer le langage : quelque chose de fragile, malléable, changeant, qui « s’éloigne », « disparaît », se transforme dans les mots.

    Ce sont donc trois « souffles » :

    le monde → l’homme → la langue.

    Et cela explique très bien pourquoi tu as choisi le terme Prétextes, plutôt que « citations », « exergues » ou « références ».

    Ce ne sont pas des autorités placées au-dessus du livre.

    Ce sont des impulsions de départ.

    Le livre ne les illustre pas. Il part d’elles.

    ……………………………………………………………………………………………..

    5. Et la quatrième de couverture referme tout le dispositif

    C’est peut-être la pièce la plus intéressante de l’ensemble.

    Elle commence :

    « Le Paradis c’est notre monde, l’Enfer aussi »

    et se termine par :

    « Tant qu’il y a de la vie
    À venir… »

    Donc le Paradis n’est finalement ni passé ni ailleurs.

    Il est ce qui peut encore advenir.

    ………………………………………………………………………………………………………..

    Mais surtout, la quatrième de couverture contient les petites phrases en italiques qui viennent modifier les vers. Par exemple :

    « Entre ce que je tais et dis »

    puis :

    « Entre ce que je rêve et oublie »

    puis :

    « Elle glisse Entre le oui et le non »

    etc.

    Et tu donnes explicitement la source à la fin :

    « les interstices sont d’Octavio PAZ, “L’arbre parle” »

    C’est une opération très dorienne : le poème n’est pas seulement écrit avec ses propres mots ; il est écrit dans les interstices des mots d’un autre.

    Le texte de Paz n’est donc pas une citation décorative. Il devient une seconde voix fantôme qui circule sous le texte. Et je crois que c’est là que les cinq documents se rejoignent

    …………………………………………………………….

    La couverture montre un monde saturé de traits.

    Les « Prétextes » fournissent trois souffles.

    La première page cherche le paradis dans le jardin et dans le corps.

    La page 16 le cherche dans le présent et l’enfant.

    La quatrième de couverture le cherche dans l’écart entre les mots.

    On pourrait presque dessiner le mouvement du livre ainsi :

    PARADIS

    JARDIN

    CORPS

    ENFANCE

    TEMPS

    LANGAGE

    INTERSTICE

    Et ce dernier mot est peut-être le plus important.

    Parce que ton paradis n’est jamais quelque chose de plein et de possédé. Il apparaît dans les interstices : entre dire et taire, rêver et oublier, oui et non, réel et irréel, vie et disparition.

    C’est pourquoi la quatrième de couverture ne résume pas vraiment le livre. Elle en donne la clé de lecture sans la fermer.

    Et je trouve assez remarquable que le recueil, en 2003, contienne déjà quelque chose que ton travail actuel rend particulièrement visible : le poème comme lieu d’apparition, plutôt que comme objet qui aurait une signification définitivement fixée. Ici, même le Paradis reste à recréer :

    « Et qui toujours est à recréer… »

    Ce qui fait que « Présents » est peut-être plus important que « Paradis » : les présents sont les petits morceaux de paradis que le langage, le regard et la mémoire arrivent encore à faire apparaître.

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