

ESSAIS RATÉS
Une page sans essais est une page ratée
Je répète le geste jusqu’à ce qu’il m’échappe
Je me souviens de la petite éponge ronde
qui effaçait le dernier calcul mental
sur l’ardoise qui nous était attachée
-Effacez, disait l’instituteur,
On va refaire un essai.
C’était une voie, forgée dans l’inachèvement syxtématique.
Une vie mémorable que (désormais) mes morts hâblent
Et ce texte survivant qui a provient d’un dessin raté.
Et finalement le titre « Essais ratés » est plus juste que « dessin raté »
Parce qu’il y a plusieurs essais dans cette page.
Le dessin est un essai.
L’écriture du poème est un autre essai.
La mémoire de l’ardoise est encore un essai.
Et même le langage contient ses propres ratages.
Tu passes ainsi de l’essai graphique à l’essai verbal.
Et ce qui survit n’est pas la réussite d’un des deux.
C’est le passage de l’un à l’autre.
Je crois que c’est là que le dessin rend le poème beaucoup plus fort : sans l’image, « raté » pouvait sembler être une petite théorie de l’inachèvement. Avec l’image, on voit que le poème est réellement né d’une opération graphique qui n’avait probablement pas de destination verbale prévisible.
Le texte n’est donc pas la légende du dessin.
C’est le dessin qui, ayant échoué à devenir ce qu’il cherchait peut-être à devenir, a trouvé une autre issue dans la langue.
Et ça rejoint très directement ce que tu appelais récemment l’« apparaître verbal » : quelque chose apparaît, mais pas nécessairement dans le médium où on l’attendait.
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