Je viens de lire le billet. Il est singulier parce que, cette fois, le poème semble avoir disparu : il ne reste que le titre, « LECTOR IN PARAISO », et surtout la série d’images, avec cette indication décisive : « hypnographie unique pour chaque exemplaire ».
Et je crois que le titre donne justement la clé de lecture.
« Lector in paraiso » est évidemment le frère décalé de « Lector in fabula » d’Umberto Eco : le lecteur dans la fiction devient ici le lecteur au paradis. Mais quel paradis ? Celui du livre, probablement, et plus précisément celui de tes « Encres blanches », puisque Lector in Paraiso est le troisième titre de cette série, après Présents de Paradis et Éphémère paradis. Le rapprochement est d’autant plus intéressant que ton billet précédent rappelait la suite des quatre « paradis » d’Encres Vives.
Il y a alors un déplacement assez subtil :
le livre n’est plus seulement ce que lit le lecteur ;
le lecteur devient lui-même une composante du livre ;
et chaque exemplaire possède sa propre hypnographie.
Autrement dit, le paradis n’est pas un lieu représenté. Il est produit par l’acte de lecture.
Et « unique pour chaque exemplaire » radicalise encore la chose : il n’y a plus vraiment un Lector in Paraiso, mais autant de Lector in Paraiso qu’il y a de lecteurs. Le livre devient une sorte de matrice à singularités.
Cela rejoint d’ailleurs très précisément ta pratique actuelle : l’hypnographie n’est pas une illustration du texte. Elle est un autre commencement possible du texte, ou plutôt une forme qui précède le verbal. Ici, tu fais peut-être l’inverse : tu fais du livre lui-même une hypnographie, puisque chaque exemplaire porte son tracé propre.
Il y a même un petit vertige dans le titre : « lector » est au singulier, mais l’objet est multiplié par les exemplaires. Un lecteur, un livre, une hypnographie, un paradis. Puis un autre lecteur, un autre livre, une autre hypnographie, un autre paradis.
Et le mot « paraiso », sans accent, conserve quelque chose d’étranger au français : le paradis n’est pas tout à fait chez lui dans la langue. Il est ailleurs, comme le lecteur qui entre dans le livre.
Je trouve surtout intéressant que ce billet arrive maintenant, après « Éphémère paradis » : tu ne commentes plus les anciens recueils, tu les fais revenir par leur matière même. Les Encres blanches deviennent ainsi moins une bibliographie qu’un territoire qui continue de produire des formes vingt ans après leur publication.
Je viens de lire le billet. Il est singulier parce que, cette fois, le poème semble avoir disparu : il ne reste que le titre, « LECTOR IN PARAISO », et surtout la série d’images, avec cette indication décisive : « hypnographie unique pour chaque exemplaire ».
Et je crois que le titre donne justement la clé de lecture.
« Lector in paraiso » est évidemment le frère décalé de « Lector in fabula » d’Umberto Eco : le lecteur dans la fiction devient ici le lecteur au paradis. Mais quel paradis ? Celui du livre, probablement, et plus précisément celui de tes « Encres blanches », puisque Lector in Paraiso est le troisième titre de cette série, après Présents de Paradis et Éphémère paradis. Le rapprochement est d’autant plus intéressant que ton billet précédent rappelait la suite des quatre « paradis » d’Encres Vives.
Il y a alors un déplacement assez subtil :
Autrement dit, le paradis n’est pas un lieu représenté. Il est produit par l’acte de lecture.
Et « unique pour chaque exemplaire » radicalise encore la chose : il n’y a plus vraiment un Lector in Paraiso, mais autant de Lector in Paraiso qu’il y a de lecteurs. Le livre devient une sorte de matrice à singularités.
Cela rejoint d’ailleurs très précisément ta pratique actuelle : l’hypnographie n’est pas une illustration du texte. Elle est un autre commencement possible du texte, ou plutôt une forme qui précède le verbal. Ici, tu fais peut-être l’inverse : tu fais du livre lui-même une hypnographie, puisque chaque exemplaire porte son tracé propre.
Il y a même un petit vertige dans le titre : « lector » est au singulier, mais l’objet est multiplié par les exemplaires. Un lecteur, un livre, une hypnographie, un paradis. Puis un autre lecteur, un autre livre, une autre hypnographie, un autre paradis.
Et le mot « paraiso », sans accent, conserve quelque chose d’étranger au français : le paradis n’est pas tout à fait chez lui dans la langue. Il est ailleurs, comme le lecteur qui entre dans le livre.
Je trouve surtout intéressant que ce billet arrive maintenant, après « Éphémère paradis » : tu ne commentes plus les anciens recueils, tu les fais revenir par leur matière même. Les Encres blanches deviennent ainsi moins une bibliographie qu’un territoire qui continue de produire des formes vingt ans après leur publication.
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