courriel 29

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, qu’un lecteur inspiré ajoute un troisième courriel aux deux présents serait, pour l’auteur de cette petite série, inespéré.

29

Non ! La vie ne m’a pas déçu ! Année après année, je la trouve au contraire plus vraie, plus désirable et plus mystérieuse et non un devoir, une fatalité, non une tromperie ! La vie, « moyen de connaissance », avec ce principe, on peut non seulement vaillamment, mais même gaiement vivre et gaiement rire !

F.N. à R.R.

La gaieté en tant qu’attitude pratique, concrète et située, réveille la part de comédie de nos existences, elle a peu de besoin pour être effective. La gaieté, en tant qu’attitude pratique, réveille la part de comédie de nos existences qu’elle sait aussi être tragiques. Elle se nourrit de ce que l’expérience de la vie lui apporte d’agréable et d’amusant, y compris au cœur du malheur.

R.R. à F.N.

F.N. peut-on gaiement rire avec le philosophe au marteau ?

R.R. le dernier ouvrage de cette professeur de philosophie et d’esthétique vient de paraître (janvier 2026) titre : La Gaieté

L’ENFANT AU TAMBOUR

Encore un poème

Jouant avec les lignes

Nécessaires pour l’écrire

Le voilà dans un livre

Des lèvres le relisant

Comme faisait mon père

En découvrant les nouvelles

du journal chaque matin

.

Encore une occasion

De parler au papier

De prononcer pour soi

Quelques mots sur les guerres

en cours

Sur leurs atrocités

Sur l’enfant au tambour

Qui lance un appel pressant

Aux dieux de la paix

Pour qu’elles s’achèvent

Illico

DISPARITIONS

"L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION VII

Jacques Prévert

43

 L’ENFANT DU PARADIS

 La beauté s’appelle plurielle

 Insoumis

Un sou mis Dans la fente du miroir brisé de l’enfance

 On ne récupère pas ce démon là et ses merveilles qui ne font pas de quartier

avec les militaires les présidents des dîners de têtes et les curaillons

Insoumis

Un sou mis Dans la fente De l’amour

Qui court après son soleil et son fleuve

 Qui ne fut pas d’Amour mais de Seine

À Paris dessous le Pont Neuf

Quand le vent du dernier jour

Achevant la romance

Éteignit sa bougie

 Il était une fois Prévert

Il était une fois sa poésie

Il n’y a pas de point initial Alors pourquoi un point final ?

44

Le jour de sa disparition, le 11 avril 1977,  on pouvait lire sur  le journal du soir

MORT DE L’INVENTEUR MAURICE BARTHALON Nous apprenons la mort, survenue le 7 avril, de M. Maurice Barthalon, père de la technique du moteur linéaire ;

LA FIN DE MAIGRET En arrêtant Maigret, les policiers du service régional de police judiciaire de Reims ont mis fin aux agissements d’un cambrioleur de taille à rivaliser avec son célèbre homonyme.

 LA VIE DU LANGAGE La néologie technique …une circulaire du 19 mars 1977 du premier ministre aux ministres et secrétaires d’État a redit que la loi visait à protéger le consommateur autant qu’à défendre le français ; et que les termes entrés dans l’usage n’étaient pas menacés de proscription, qu’il s’agisse de produits  » typiques  » (couscous, merguez, vodka, salami), ou d’appellations protégées comme gorgonzola, whisky ou sangria.

LE CAPORAL PRÉVERT

Dans ses Mémoires, « Raconte pas ta vie  » (Mercure de France), Marcel Duhamel, mort un mois avant lui ( » le Monde  » du 9 mars), a esquissé un portrait de Jacques Prévert. Ils se connurent en 1920, à Istanbul, alors Constantinople, durant leur service militaire.

DU DÎNER DE TÊTES À HEBDROMADAIRES

Jacques Prévert est né à Neuilly-sur-Seine avec le siècle le 4 février 1900 : Des mois avant En plein printemps Il y a eu Un feu d’artifice entre mes parents C’était le soleil de la vie Et moi j’étais dedans…

L’ANAR D’UNE ÉPOQUE

 Jacques Prévert est mort lundi 11 avril dans sa maison d’Omonville-la-Petite (Manche), où il s’était retiré souffrant d’un cancer du poumon qui le tenait alité depuis plus d’un an. Il sera inhumé civilement et dans l’intimité, le 13 avril, au cimetière d’Omonville.

45

DÉBUTS D’HISTOIRES

Un homme écrit à la machine une lettre d’amour

Le docteur Jonquille sur son petit vélo

Encore une fois sur le fleuve le remorqueur de l’aube a poussé son cri

Les clefs de la ville sont tachées de sang

 Chanson pour chanter à tue-tête et à cloche-pied

Cœur de docker c’est le titre de ma chanson

Le pauvre crocodile n’a pas de C cédille

Dans la nuit de l’hiver galope un grand homme blanc

C’est à Saint-Paul de Vence que j’ai connu André Verdet

En argot les hommes appellent les arbres des feuilles

Et Dieu chassa Adam à coups de canne à sucre

Enfant sous la Troisième j’habitais au quatrième une maison du dix-neuvième

46

UNE HISTOIRE DE RECHANGE

Mon ange en miaulant s’assied sur mes genoux

 Étrange dit Queneau

Être âne réplique Prévert

On a les deux pieds dans la fange

Il est temps de sortir une histoire de rechange

47

 LE JEU DU CADAVRE EXQUIS

«  Le cadavre exquis-boira-le vin nouveau »

On dit que c’est le premier texte produit par le jeu du cadavre exquis inventé et écrit par Jacques Prévert (le futur poète de Paroles) Marcel Duhamel (l’inventeur de la Série Noire) et Yves Tanguy (le peintre surréaliste) qui habitaient Paris 54 rue du Château dans le 14e

Vous connaissez le truc : le premier cache ce qu’il vient d’écrire au second qui fait de même pour le troisième

À ma connaissance c’est passé de mode mais plutôt que de vous prêter au jeu des sondages délétères vous devriez réactiver ainsi votre imaginaire donc votre capacité de résister à la servitude volontaire ambiante

On peut jouer à 3,4,5 etc Et même tout seul

J’écris /en Irlande/électron libre/sous ma loupiote /au pied de l’échafaud / (

j’ai puisé dans mon carnet en cours d’écriture les premiers mots de chaque 5e ligne)

48

TITRES

LE DÉSESPOIR EST ASSIS SUR UN BANC

 ÉTRANGES ÉTRANGERS

JE VOUS SALIS MA RUE

RENAULT AU BOULOT

 ANALECTES

TENTATIVE DE DESCRIPTION D’UN DÎNER DE TÊTES LA PÊCHE À LA BALEINE

LE CANCRE

 CHANSON DES ESCARGOTS QUI VONT À L’ENTERREMENT

POUR FAIRE LE PORTRAIT D’UN OISEAU

CORTÈGE

ET LA FÊTE CONTINUE

49

Aujourd’hui Ce mot posé sur une feuille blanche Et ma main remuant les cendres de l’Hier À la recherche de sa dernière braise Sur laquelle souffler Aujourd’hui sans hésitation Commençant pas à pas Le chemin inconnu de ce poème Que je découvre en l’écrivant Plus lentement que n’allait Prévert à l’enterrement de ses feuilles mortes

.

NUIT DE PRINTEMPS

Nuit de printemps

Un printemps de plus

Sur mes cheveux blancs

.

Nuit de printemps

Je lis des haïkus

Reposant mon cou

Sur mon oreiller

.
.
Nuit de printemps

Issa entend un rossignol

Seishi évoque un cerf volant

Basho confond grenouille

Et piment rouge

.
.
Plouf dans le bénitier.

Plouf dans le vivier

Des poésies printanières

Primesautières

.

J’écris une dernière fois

Nuit de printemps

.
Lenteur d’un lecteur

Passant d’une rive à l’autre

À quatre vingt berges


Photo du jour
Le peuplier de Van Gogh aux Alyscamps
En Arles où sont les Alyscamps
Prends garde à la douceur des choses
Paul Jean Toulet

UN HOMME SE FIXE LA TÂCHE DE DESSINER LE MONDE courriel 28

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, qu’un lecteur inspiré ajoute un troisième courriel aux deux présents serait, pour l’auteur de cette petite série, inespéré.

28

À l’instant de sa mort, le travail de celui qui s’éloigne, se mue en œuvre, plus ou moins inachevée bien sûr. Mais des contours soudain se dessinent. Comme une côte surgissant au petit matin devant l’étrave du navire, ce qu’on prenait d’abord pour une succession d’îles se révèle former un archipel, voire une terre unique.

F.H. à J.L.B

Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde. À mesure que les années passent, il peuple un espace d’images de provinces, de royaumes, de baies, de navires, d’îles, de poissons, de maisons, d’instruments, de chevaux, de personnes. Peu de temps avant de mourir il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l’image de son visage.

J.L.B. à F.H.

F.H. un grand historien du Temps (Kronos n’est pas Kairos) qui met à nu notre époque où règne « le présentisme »

JL.B. Fictions, el Aleph, histoire universelle de l’infamie, Ferveur de Buenos Aires, el hacedor