LEÇON DE CHOSES…et d’autres

Leçons de choses

On nous donnait

À l’école de mon village

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Leçons sur la noix

la pomme ou la mousse

des bois

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On regardait

On avait aussi le droit

de toucher de tâter

à tâtons tontaine

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Moi j’essayais d’comprendre

Mais j’aimais mieux

Ce qu’on ne voyait pas

Du gland ou de la noix

Ce qui murmurait

Au fond de notre tête

En présence d’un rameau d’olivier

Ou d’un escargot

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J’anticipais

Comme dit le poète

Cette fleur

absente de tout bouquet

PARLER EST UN DRAME

Parler est un drame

Dit le comédien

Un drame joyeux

Dit le spinozien

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Un parler ouvert

Ouvre un autre parler

Et le tire hors

Comme fait le vin

Et l’amour

Dit le montaignien

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C’est une gajeure

J’te jure

Ajoute le petit futé

Qui parle au papier

Puis sur l’écran

Du blog poésie mode d’emploi

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(Il)lisibilité

Lit-on dans

Le théâtre des paroles

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Mais non mais non

Ouvre grandes tes oreilles

Et mâche bien le texte

C’est le test des ruminants

Qui cherchent la vérité

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Ça matche et ça résonne

Ou ça se perd dans la logorrhée

C.Q.F.D

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POÈME DES AUTRES

Des autres qui regardent la lune et non leur doigt

Des autres qui ont des noms faits pour la paix

Des autres qui font des tableaux sur la guerre

Des autres que l’on nomme Picasso ou Paz

Des autres qui fêtent comme dans un rêve éveillé leur quatre fois vingt ans

Des autres qui chantent besame besame mucho comme si c’était cette nuit la dernière fois

Des autres qui ont des souvenirs comme s’ils avaient mille ans

Des autres qui devant le tyran crient Rébellion et finissent leur vie en prison

Des autres qui viennent à notre enterrement

Des autres que nous inventons pour écrire des choses que jamais nous n’aurions écrites autrement

ALEXANDRE SKOBOV

ALEXANDRE SKOBOV

L’historien et journaliste Alexandre Skobov a été condamné, le 21 mars, par un tribunal militaire de Saint-Pétersbourg, à seize ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « participation aux activités d’une communauté terroriste ». En réalité, c’est son opposition à la guerre contre l’Ukraine qui lui vaut cette condamnation.

Skobov, contrairement à la majorité de ses collègues des médias russes dits « indépendants », a refusé par principe de se soumettre aux lois répressives restreignant la liberté d’expression, et ce bien avant 2022. Rejetant l’autocensure, Skobov ne craignait pas d’utiliser les mots « annexion » ou « agression », et qualifiait Poutine de « nouveau Hitler ». Lors de son procès, il a refusé de se plier aux règles du jeu, déclarant : « Je ne reconnais pas et je ne respecte pas votre tribunal. » Il s’en est pris à « cette clique au pouvoir qui pue les cadavres : dans la préparation, le déclenchement et la conduite d’une guerre d’agression, dans les crimes de guerre en Ukraine, dans la terreur politique en Russie, dans la corruption de mon peuple », avant de conclure en criant : « Gloire à l’Ukraine ! »

Skobov a été arrêté il y a un an. « Aujourd’hui, ce monde vole en éclats sous les coups de deux scélérats qui s’y attaquent de concert : celui du Kremlin et celui de Washington, selon ses propres termes. Nous assistons à une tentative immonde d’alliance purement impérialiste entre deux prédateurs. » 

« L’avenir n’est pas écrit, a-t-il rappelé dans une lettre à sa fille peu avant le verdict. C’est une bataille. Et même si, à un moment de l’histoire, nous perdons une manche, la lutte continue. »

Extraits tribune sur Le Monde 15 avril 2025