POÈME POINT ET CONTREPOINT

Poème tu me prends la tête
Poème tu fais trop de bruit
Poème tu es trop honnête
Poème ton langage est cuit

Poème tu me rends trop bête
Poème sorti de ton puits
Poème tambour et trompette
Poème qui me déconstruit

Poème renaît de ses cendres
Poème quand l'aurore point
Poème qui joue aux Cassandres
Poème ces temps-ci chafouin

Poème étrange étrange
Poème à brûle-pourpoint
Poème en libre-échange
Poème point et contrepoint



QUI TU ES ?





(Après l’écriture folle, à grandes rafales de proses,

le repos dans la rime et le rythme, assumés).





QUI TU ES ?, tu t’en moques, feuillets d’hiver noués,

Par temps de soliloque, qui tu es, tu le tais.

Qui tu es, à Chambord, dans le double escalier,

Dans la chambre du roi, orné de salamandres.

Qui tu es au Moudang, dans les Haut’s Pyrénées,

Dans les granges des oueillos, les brebis couleur cendre.

Qui tu es au collège, professeur météore,

Préparant tes ouailles, aux rimes équivoquées.

Qui tu es à Paname, paysage du Tendre,

Âme t’en souvient-il, sur le quai Malaquais.

Qui tu es en Espagne, Cuevas de Almanzor,

Où naquit la maman, qui enfanta ta Reine.

Qui es-tu dans la case des frères amérindiens,

Des mythes qui s’emmêlent avec la Neste d’Aure.

Qui es-tu, qui tu es, tu t’en moques à présent,

L’aurore des paroles devient soleil couchant.





1° novembre de l’an 2020

qui tu es lecture à voix basse

DE LA BELLE AUBE AU TRISTE SOIR





Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

Guillaume Apollinaire





l’aube est là

il fallut démêler

les fils noirs de la nuit

ce ne fut pas sans peine





l’aube est là

timide et grise

mais le jaune mimosa

toque au volet





l’aube est là

sur le journal de bord

éclairé par les braises

du premier feu





l’aube est là

dans le torrent

la roue à aubes

que tu poussais

pour la dernière fois

il y a cinq ans





l’aube est là

ce serait extraordinaire

qu’un autre humain

de la planète Terre

au même instant

écrivit

l’aube est là





l’aube est là

à l’heure où blanchit

la campagne

du côté de Harfleur





l’aube est là

sans métaphore

aurore de paroles 





une femme t’appelle

qui n’est plus là





ta ligne reste en suspens

brisée par la chanson

du mal aimé





de la belle aube

au triste soir 


	

COMMENT DIRAIS-JE ?





Comment dirais-je ?

J’en dirai un peu plus

J’en dirai autrement

Avec la latitude

que l’on attribuait

naguère

aux « poètes »





Comment dirais-je

ce moment où la nuit

bifurque vers le jour ?

Je dirais

aurore aux doigts roses

Je dirais

une aube affaiblie

verse par les champs

la mélancolie

des soleils couchants





Comment dirais-je ?

Je dirais avec les mots de tous

et de chacun

mais reprisés

remis en circulation

par des images nouvelles

à parfaire

et toujours dans l’inachevé









aurore d’Homère

aube de Verlaine

06/02/2020

A NOIR écrit à blanc

écrit ainsi
blanc sur noir
et puis repris(é)
sur le clavier




écrire ainsi

c’est

complètement inactuel





mais

ça m’amuse

c’est un tour

de passe-passe





A noir

et pourtant

écrit à blanc





sous

la dictée

du dedans





Si je m’appelais Victor Hugo

j’aimerais

de cette lettre blanche

le bruit charmant





un bruit d’esprit

qui s’évapore





comme un poème finit

 quand vient l’aurore





25/01/2020
01h09