LA POÉSIE LA PLUS PURE

Buccale, gutturale, produite par le souffle pulmonaire, la voix humaine est le corps du langage

Par contraste, un tel appelle l’écriture, la morte voix

Une stupidité quand l’écriture, faite pour voir et pour entendre, produit dans la poésie la plus pure, la plus élaborée, cette jouissance issue du rythme et des mots choisis pour leurs capacités euphoniques, suggestives, érotiques, métaphoriques :

La vie est vaste étant ivre d’absence

Et l’amertume est douce et l’esprit clair.

UN PAS APRÈS L’AUTRE

à petits pas

à pas comptés

à pas rythmés

comme les pieds

antiques : spondées

dactyles et peste

des anapestes

à pas chaloupés

à la manière

d’un funambule

qui danse sur un fil

de la grosseur d’un doigt

à pas de chance d’exister

sur les chemins

d’une écriture errante

mais qui cherche

jusqu’au bout

un mot après l’autre

à aller de l’avant

MA MAIN D’ÉCRITURE

S’aventurer encore une fois avec sa main d’écriture écrivant noir sur blanc sur un carnet petit format

Il faut une main pour créer un langage singulier pour contrarier le cours des choses qui ne vont pas de soi

Intelligente et bête quand elle écrit les fadaises que l’on entend dans les médias

Communicant sont goût des lettres choisies avec soin ou fantaisie jouissive

Philosophe aussi si elle veut bien se frotter  aux poreuses apories

Ma main dessine dans la nuit les formes qui me lient au texte en fragments contradictoires mais résolus à figurer jusqu’au b(o)ut les contours d’une vie

PASSAGE DES COULEURS

Passage du noir

C’est tout une histoire

Passage du gris

C’est dame souris

Passage du vert

C’est tes yeux pervers

Passage du rouge

Que plus rien ne bouge

Passage au jaune

C’est le petit pan de mur

De Ver Meer vu par l’auteur

De la Recherche

Passage du violet

Figue de mer iodée

Passage à l’orange

Ça ça me dérange

Passage au blanc

Dans l’écriture des amoureuses

Passage des couleurs

Sur les pages de l’enfance

D’un art réduit à ces variations

Sur  papier glacé

UN PORTRAIT ON DIRAIT

J’ai les yeux noisette avec quelques points verts

J’ai l’heureuse ou la fâcheuse habitude (c’est selon) d’écrire de tout, sur tout, dans un mélange d’hybris et d’effacement de soi

Je suis aussi petit de taille que l’était Michel de Montaigne si bien qu’il m’est aisé de me hisser sur ses épaules de géant pour m’amuser à écrire moi aussi de lilliputiens Essais

J’ai l’amour des livres et des forêts de  Symboles

J’ai la bibliothèque d ‘un amateur avide de tout lire des auteurs qu’il admire et d’ignorer tous ceux qui sont à la mode de chez nous

J’ai la possibilité de modifier ce texte ou même de l’annuler mais je ne le ferai pas

Ce qui est écrit est écrit

Je n’aime pas les repentirs

La Bastide de Besplas Ariège