JE VIS DE PEU

Les fastes d’un opéra fabuleux c’est dans ma tête, mais en réalité, je vis de peu. Il me suffit d’un petit feu, de petites pluies naturelles et de leurs nuages, d’air pur et du reste. Quelques paroles échangées sur le temps qu’il ne fait pas, l’écriture de mes pages sous les pavés et la lecture de mes livres derniers.( Je les porte ensuite systématiquement dans les boîtes disposées dans les jardins publics.) Résumé provisoire : Ma langue s'engourdit, un petit feu me court Honteux de sous la peau, je suis muet et sourd. 

Dorio 15 octobre 2024

SUR UN VERS DE PÉTRARQUE

Veggio senza occhi
Je n’ai pas d’yeux mais je vois
(les yeux fermés)
Et non o lingua et grido
Je n’ai pas de langue
Mais je crie
Je n’ai pas de plume
Mais j’écris
Avec ce petit feu
Qui me brûle les doigts
et s’étend sous ma peau
Mot à mot
Et qui parfois
(à de rares exceptions)
Fait poème

Chi po dir com'egli arde  e'n picciol foco
Qui peut dire comme il brûle c'est d'un feu tout petit

SIGNES SANS CYGNES

Signes ne sont pas cygnes 
Et cil qui bat n’est pas s’il vous plaît
à celle que vous croyez
Silence serait-on tenté d’ordonner
En ces temps où de plus en plus d’imbéciles
Votent pour les partis de l’ordre et de la discipline
Silence mon œil
Cy n’entrez pas
Qui empoisonnent le monde
Soir et matin
En lâchant vos mâtins
dans l’étrange lucarne
devenue écran plat
où l’on entend des voix
proférer maintes platitudes
Signes sans cygne ont proliféré
Je l’assume et je signe

TOMBEAU DE JACQUES RÉDA

Sans jamais l’assombrir  comme une pure offrande : un Présent 

Belle hécatombe de mots
C’est enfin leurs fins
Dans les bras d’un sommeil
Que l’on dit éternel
La fête est finie
Mais les malheurs aussi
On vide les tiroirs
De tes cartes postales
Quelques tickets d’un bal
Ou d’un concert de jazz
Tu as fini aussi crédule
Et tendre sous l’écorce
Qu’un gosse des faubourgs
Que l’on voit siffloter
Le requiem de  Fauré
Entre les pages d’un album
Où quand vient notre tour
C’est toujours tout le monde
qui meurt... tout l’temps