J’ÉCRIS POUR ME RENDRE UTILE

J’écris 
en définitive
pour me rendre
utile
J’écris
pour tâcher
d’y voir clair
et ne pas participer
au tohu bohu
actuel
J’écris
pour mettre à distance
le quelque chose noir
des électeurs de Bardella
et le quelque chose rouge
des électeurs de Mélenchon
J’écris
pour lancer des ponts
pour ne pas que les gens
se précipitent tête baissée
dans leurs convictions
J’écris
dans un temps long
prenant le temps
de dissiper la fumée
des influenceurs
qui font les opinions
J’écris
toujours en retard
me méfiant comme de la peste
de mes premières impulsions
J’écris
au cas par cas
comme font les traducteurs
des langues orientales
qui prennent en compte
la présence des étrangéités
induites par leurs idéogrammes
J’écris
méditativement
relisant avec soin
les calligrammes d’Apollinaire
avec cette nostalgie
du lien entre la forme des mots
et leur sens
J’écris et j’écrirai
un autre jour
plus avant…

UN FAGOT DE PIÈCES DIVERSES

Je m’imagine sur le ring du Madison Square Garden encouragé par Nougaro qui me crie : Boxe boxe boxe 
Je m’imagine sur la scène de l’Olympia m’accompagnant à la guitare sèche en chantant Santiano ce fameux trois mâts fin comme un oiseau
Je m’imagine papillon butinant les fleurs magiques des Songes d’une nuit d’été
Je m’imagine Balthazar au hasard du film de Bresson
Je m’imagine dormeur du val ma tête baignant dans le frais cresson bleu
Je m’imagine suspendu sur le trapèze de la vie mode d’emploi ne voulant plus en descendre
Je m’imagine Gary Cooper chantant à Grâce Kelly Si toi aussi tu m’abandonnes
Je m’imagine dans la tour de Montaigne fagotant toutes ces pièces diverses

LE VIN PROFOND

Que la coupe soit d’or si le vin est pur 
afin de le porter noblement
Norge

Des voix qui se mangent entre elles disait l’auteur du vin profond en des poèmes célébrant la musique du verbe
Je les relis ce soir les scande les remurmure
Je les récris passant ma nuit à faire chanter ce vin issu d’un livre chaleureux
et que l’on fait mousser dans le geste répété d’une coupe divine portée à nos lèvres...jusqu'aux aurores

L’ACTE D’ÉCRIRE

J’écris pour exercer le droit d’inventer les mots de l’irréel

J’écris pour rendre visibles les objets invisibles

J’écris pour remuer les règles du langage cédant(comme disait l’inventeur du coup de dés jamais n’abolira le hasard ) l’initiative aux mots

J’écris pour faire entendre ce qui n’est dit que rarement

J’écris pour guérir la vie de la guerre faite à nos maux

J’écris  dans un champ miné par le principe d’incertitude

J’écris dans la pénombre parlant si bas que ceux qui écoutent ne savent pas très bien sur quel pied danser

Et c’est très bien ainsi

l’acte du pinceau : hypnographie encre de chine dorio 17 juin 2024