LE CORTÈGE D’ORPHÉE

La nuit s'est écoulée
Je n’ai pas su l’écrire
Je regarde aux aurores Dufy
Illustrant le bestiaire d’Apollinaire
Je suis ce chat énigmatique
Passant parmi les livres
Les amis sont partis
Et ma femme a perdu sa raison d’être vivante
Mais la vie nous oblige
J'ai d'autre poèmes à composer
Pour faire vivre cette tresse poétique
Et le vivre du futur
Ouvert sur les lèvres de mes filles
Et de leurs fils et filles

Je souhaite dans ma maison
Une femme ayant sa raison
Un chat passant parmi les livres
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux vivre

Guillaume Apollinaire
Le Bestiaire
ou Cortège d'Orphée
illustré de bois
de Raoul Dufy

publication le 11 mars 1911


	

LONGÉVITÉ

LONGÉVITÉ comme un lapsus d’éternité

Le laps des ans nous a paru d’éternité
Edouard Glissant

Lapant le lait des Chats sauvages
Pinçant les cordes d’Apache
Sur les premières guitares
Branchées sur la fée Électricité
Une à une nous avons pendu
Les vieilles araires au clou
Elles geignent au vent d’autan
Le Progrès depuis belle lurette
A fermé son étable sur le dernier des paysans
L’éternité danse le rock and blues

SHOU : Longévité

écrit par Wu Changshuo (1844-1927)

en sa quatre-vingtième année

EN SOMME

 
Chaque nuit entre deux sommes
Tu vogues toujours et encor
Vers Ithaque errant éternel
Tournant tes feuilles recto
Verso du travail de mémoire
Qu’un poème comme un clap
Sur la langue du lexique multiplié
Ébranle éclabousse de tes écumes
De nuit tes pensées de papier
Entre deux sommes


AJOUT

JE ME RÉVEILLE D’UN COURT SOMME

Cette histoire de soi qui s’écarte de moi, ce n’est pas que dans les livres.

Je me réveille d’un court somme, (le premier de la nuit), avec la sensation d’une conscience paradoxale :

je ne sais plus l’espace d’une seconde où j’habite, quel jour on est, quelle est mon identité…

Ça pourrait semer le doute, ça me donne l’énergie venue de ce courant mystérieux « antérieur à la connaissance » d’un questionnaire inhabituel :

qui ne suis-je pas ? ce que n’est pas mon identité ? ce que je ne sais pas ?

BELLES NAISSANCES

Pour Ambre et Jade et pour Mathis

Une goutte d’eau dans l’océan des poésies 
Une larme de joie dans les yeux d’une reine de cœur
Une pluie sans cesse sur Brest
Un lac endormi quand nul ne le voit la nuit
Une source à la fontaine Bellerie
Mon poème est comme un ruisseau
Je l’ai écrit pour mes petites filles et mon petit fils
Nés un vingt huit février

Martigues 28 février 2024