DISPARITIONS

DISPARITION

 IV

 G.G.

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

 22

La plus sûre façon de jouir d’une mort discrète est de mourir le même jour qu’un autre plus célèbre dont la disparition éclipse la vôtre.

LE THÉORICIEN DE LA LITTÉRATURE GÉRARD GENETTE EST MORT

Le critique, créateur de la revue « Poétique » et auteur de « Figures », Gérard Genette est mort à l’âge de 87 ans.

L’ami G.G. qui concédait que « jouir » était une hyperbole, passa à côté de cette éphémère jouissance, car, vérification faite ni David Goodall, le scientifique australien disparu par suicide assisté en Suisse, ni Per Kirkeby, Danois à la peinture panthéiste, n’ont damé le pion ce jour-là, le 11 mai 2018, à notre Théoricien de la littérature, critique, créateur de la revue « Poétique », apparu dans la chronique Disparitions de notre journal du soir.

23

Écrire n’est pas la mer à boire

Il suffit de lire et de relire sans cesse

Et puis de refaire à son compte sur le papier un texte dérivé

En évitant qu’il parle comme un livre

Écrire lire se faire des réflexions

S’échapper par d’infinies variations

Sont une même chose

Et lira bien qui lira le dernier !

24

Gérard Genette, le théoricien ne fait pas dans la dentelle : parlant de Manon Lescaut, par exemple, on peut lire  que le narrateur intradiégétique et le personnage métadiégétique sont la même personne. Bigre.

Par bonheur, notre Voyageur en Cratylie, soutenu par le service des publications de la Sorbonne (forcément Nouvelle), eut une seconde vie, suffisamment longue, pour s’adonner à maintes fantaisies bardadracquesques.

Témoin cette conversation volée dans une banque (la sienne). C’est quoi « obsèques », demande une jeune vietnamienne à un employé de banque qui lui vante un nouveau contrat. (Un discours appris par cœur, note notre témoin « en retrait ») Le fragment un peu longuet s’achève sur cette pointe. Pour la énième fois, la cliente asiatique demande ingénument : « c’est quoi obsèques ». L’employé excédé lui hurle au visage : « Ça fait une heure que je vous l’dis, c’est remboursé ! »

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De et sur BARDADRAC :

 Ce livre n’a jamais été fait, il a été récolté. (une citation de Jean Santeuil de Marcel Proust, soi dit en passant.) Ses objets- épiphanies contingentes, idées bonnes ou mauvaises, souvenirs vrais et faux, partis pris esthétiques, rêveries géographiques, citations clandestines ou apocryphes, maximes et caractères, apartés, boutades et digressions – composent un puzzle à ne pas recomposer.

INCARNATION

Marie : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir un enfant pareil ? »

SOUVENANCES

Je me souviens de ce promoteur immobilier qui professait non sans raison : « Après tout, le bêton aussi, c’est de la matière grise. »

ZUT

Ce pourrait être mon dernier mot.

COMO DI NEVE IN ALPE SANZA VENTO

COMME UNE NEIGE SUR L’ALPE

Te voilà derechef dans les réminiscences du poète florentin : come di neve in alpe sanza vento « comme neige sur l’Alpe une nuit sans vent » Tu t’es autorisé à ajouter « une nuit » pour ta présente traduction Car foin d’Alighieri toi aussi tu as passé plus d’une nuit à regarder la neige tomber sous la lucarne de ton grenier un livre de poèmes sur les genoux Ce n’était pas dans l’Alpe mais à Ancizan petit village des Hautes Pyrénées

*

Tu lis au lit depuis des lustres (une douzaine) avant de céder au sommeil en paix paz silence silencio calma quiétude À demain les affaires dans la décennie 1970 ton lit était derrière cette fenêtre du siècle XVI sur la place haute de la commune d’Ancizan (65)

*

NOTES ET DESSINS d’un petit agenda en toile de jute

acheté à Amsterdam (Pays Bas) le 29 août 1974

terminé à Ancizan (Hautes Pyrénées) le 6 mars 1975

Notre vie étant si peu chronologique, interférant tant d’anachronismes dans la suite des jours. Marcel Proust

…Écrire sur soi peut-être aussi une façon de s’effacer, comme un palimpseste sans transparence. Gérard Genette

UNE NUIT CATALANE

SARDINES SARDANES
Et bonnets phrygiens
La Catalogne cogne
Au portail de l’Espagne

Sur les ramblas il y a
Des cireurs de godasses
Des cages musicales
Où les perruches et les chardonnerets
Imitent Messiaen Olivier

Devant la cathédrale
Je danse la sardane
On a posé nos sacs
Nos chapeaux Nos Miró
Les mains de haut en bas
Suivent des musiciens
Le son des cuivres et de la tenora

À quatorze heures y pico
On se graisse les doigts
De sardines D’escargots caracols
Et à la régalade
Manzanilla on boit

La nuit quand je pense
À notre ancienne vie
Rouge et jaune
Avec les roses dans tes cheveux
Qui alors moutonnaient
Je rame amoureusement
Sur notre monde jubilatoire
catalan
En allé définitivement

POÉSIE MODE D'EMPLOI
06/01/2006
18/02/2026
non stop

Dorio acrylique encre de Chine détail

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« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du « disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

 IV

 G.G.

 22

La plus sûre façon de jouir d’une mort discrète est de mourir le même jour qu’un autre plus célèbre dont la disparition éclipse la vôtre.

LE THÉORICIEN DE LA LITTÉRATURE GÉRARD GENETTE EST MORT

Le critique, créateur de la revue « Poétique » et auteur de « Figures », Gérard Genette est mort à l’âge de 87 ans.

L’ami G.G. qui concédait que « jouir » était une hyperbole, passa à côté de cette éphémère jouissance, car, vérification faite ni David Goodall, le scientifique australien disparu par suicide assisté en Suisse, ni Per Kirkeby, Danois à la peinture panthéiste, n’ont damé le pion ce jour-là, le 11 mai 2018, à notre Théoricien de la littérature, critique, créateur de la revue « Poétique », apparu dans la chronique Disparitions de notre journal du soir.

23

Écrire n’est pas la mer à boire

Il suffit de lire et de relire sans cesse

Et puis de refaire à son compte sur le papier un texte dérivé

En évitant qu’il parle comme un livre

Écrire lire se faire des réflexions

S’échapper par d’infinies variations

Sont une même chose

Et lira bien qui lira le dernier !

24

Gérard Genette, le théoricien ne fait pas dans la dentelle : parlant de Manon Lescaut, par exemple, on peut lire  que le narrateur intradiégétique et le personnage métadiégétique sont la même personne. Bigre.

Par bonheur, notre Voyageur en Cratylie, soutenu par le service des publications de la Sorbonne (forcément Nouvelle), eut une seconde vie, suffisamment longue, pour s’adonner à maintes fantaisies bardadracquesques.

Témoin cette conversation volée dans une banque (la sienne). C’est quoi « obsèques », demande une jeune vietnamienne à un employé de banque qui lui vante un nouveau contrat. (Un discours appris par cœur, note notre témoin « en retrait ») Le fragment un peu longuet s’achève sur cette pointe. Pour la énième fois, la cliente asiatique demande ingénument : « c’est quoi obsèques ». L’employé excédé lui hurle au visage : « Ça fait une heure que je vous l’dis, c’est remboursé ! »

DIALOGUE DE SOURDS

– D’où tu viens ?

– Je n’ai rien entendu.

– D’où tu parles ?

– Je n’ai rien vu.

– Où vas-tu ?

– Turlututu !

– Et au Ciel y crois-tu ?

– Ciel mon mari !

– Et le Temps ?

– Je l’attends au tournant.

sur le piano, sur le papier,

à travers la nuit,

je lui refais une beauté.