ÉCRIRE AVEC 7 ÉNERGUMÈNES DE L’ESPÈCE FABULATRICE

100

Avec George Perec

« Laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes ». Signé Perec, que l’on prononce Pérec le nom du père, juif polonais, mort en 40, quand Georges dit Jojo, avait quatre ans. Deux ans plus tard sa maman le met dans un train pour lui sauver la peau. Mais la sienne, celle de Cyrla Perec née Szulewicz, finit à Auschwitz la Maudite. « Arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse ». Souriant, volontiers déconneur (un mot d’époque), joueur de Go et d’Oulipo. Mais avant tout, « touchant ». Sa page des sports signée W, masquant l’horreur des camps et de « l’Histoire avec sa grande H » : son expression sublime, fatidique, à lire « littéralement et dans tous les sens ». Je me souviens d’avoir récrit à ma manière, les 480 entrées de Je me souviens, que lui-même avait emprunté à Joe Brainard, artiste new yorkais (I remember). Je me souviens que le jour de sa disparition, le 3 mars 1982, des petites manines flottaient dans mon jardin comme au début d’Amarcord et que mes filles encore enfants sautaient pour essayer de les attraper.

RIEN N’ÉTAIT ÉCRIT

Travail en cours

JJ Dorio

LE SONGE D’UNE NUIT D’HIVER

Je chausse des bottes de sept lieues

Je passe d’un bond de l’Europe vers les Amériques

J’entre à la Maison Blanche et j’arrache la perruque de Blondinet

Les renards qui mangeaient dans sa main se transforment en coyotes hurlant à la trahison

Puis la Maison Blanche passe au rouge dans un incendie digne de la Cité des Anges

La promesse d’une nouvelle Amérique magique et fabuleuse

N’aura pas passé la semaine

*******************

Le seul réconfort que je trouve dans cette période sombre, c’est la conviction que Trump sera incapable de réaliser ce qu’il a promis aux Américains. Les États-Unis sont un pays riche où trop de gens sont pauvres. L’accès au système de santé y est difficile, tout comme celui à une éducation de qualité. Chaque jour des millions de personnes redoutent les factures de l’assurance, du téléphone, des transports. Et Trump ne résoudra rien de cela. La question est de savoir si dans quatre ans le peuple américain cessera pour autant de croire à son récit, s‘il en viendra à comprendre qu’il n’a aucun sens.

Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’Économie)

POÉSIE MODE D’EMPLOI

La poésie n’est pas morte. Simplement sa place dans la culture est devenu marginale.

92

Poésie mode d’emploi
Dix-huit ans d’obsession
Un texte chaque jour
Apparaître verbal
Sur ce blog de WordPress

Un texte à compléter
Un texte papillon
Comme un battement d’ailes
Pollinisant l’esprit

De l’Autre qui est en nous
Des autres qui le lisent
Dix-huit ans d’illusions
Et de belle utopie

RIEN N'ÉTAIT ÉCRIT

Travail au long cours
JJ Dorio

	

HEUREUX HASARD

Ma mémoire adore écrire au hasard dans la nuit

L’autre nom du hasard est le jeu de dés

Un coup l’on perd un coup l’on gagne

Un coup ça casse un coup ça passe

C’est la bonne rencontre au coin de la rue

C’est l’écriture d’un vers heureux

Ou qui ne vient jamais

Jamais un vers heureux

N’abolit le hasard

De l’avoir trouvé

********************

-ENCORE HEUREUX ?

–Oui si l’on veut.

-Encore enfant ?

-Là tout à fait.

-Encor langage ?

-J’y touche un peu.

-Encore en vers ?


-Oui je les tourne.

-Le cœur battant ?

-Cherchant le rythme


Le swing du jazzman.

–Encore en lutte ?

-Toujours en butte

aux lazzi des Nantis


-Encore vierge ?

-Et vivace aujourd’hui

AVEC GUILLAUME APOLLINAIRE

103

Avec Guillaume Apollinaire

À la fin tu es las de ce monde ancien (n’oublie pas la diérèse de ce bel alexandrin « an-ci-in »).
Nous l’avons récité maintes fois et tu sais bien qu’il s’agit de « Zone », le poème liminaire d’Alcools.
Tu vois cette nuit j’ai replongé, corps et biens, dans l’œuvre multiple, spontanée et savante de ce diable de Guillaume le dernier empereur de la poésie française.
(On enterra Apollinaire deux jours après l’Armistice du 11 novembre 1918 ; dans la rue tous ses proches et les anonymes qui accompagnaient Guillaume au père Lachaise entendirent : « À mort Guillaume ! À mort l’Empereur ! », c’est du kaiser qu’il s’agissait).
Apo humain trop humain qui fit moultes jeux d’amour, sous toutes ses formes, sans oublier la mourre, jeu du nombre illusoire des doigts.
Apo ou Gui, comme il signait parfois ses lettres à Lou, fit feu de tout bois, « chef d’un orchestre d’une étendue inouïe ».
Critique et inspirateur de l’art nouveau, des peintres cubistes, du naïf Rousseau et de l’art nègre que l’on dit aujourd’hui « premier ».
J’aime à dire que ce fut le dernier d’une longue lignée à qui l’on peut discerner sans rire le titre de « poète ».


RIEN N'ÉTAIT ÉCRIT
travail au long cours
JJ Dorio