SONNET DE NOS FRÊLES BRUITS





Plus que le drapeau rouge le drapeau de l’anarchie paraît être l’emblème qui conviendrait à notre espèce.
Michel Leiris « Frêle bruit » (La Règle du jeu IV)

Poursuivre le jeu malgré l’âge
Poursuivre le je(u)
Morceau après morceau
Pièce après pièce

En traçant ses traits noirs
Comme cercles protecteurs
Comme l’enveloppe des nuits
Où l’on glisse une à une Ses lettres de noblesse

Comme la langue que l’on tire au néant
Comme la bouche d’ombre d’où sortent nos frêles bruits
Comme le noir matriciel des cavernes & leurs animaux dansant sous la torche du feu sacré

Comme ses pattes de mouche à la surface des cartes blanches jaunes ou bleues
Comme les chiffres rouges inscrits sur l’écran des heures et des minutes
Comme la colère tranquille de nos ricochets


L’ARIZE





La rivière de mon village

N’est dans aucune anthologie

Ni Nil

Garonne

Ni Don

Neckar

Tamise

Meuse

Ni Seine

Amazone

Mais c’est ma rivière

Où j’ai appris à nager

Pêcher Rêver

Où j’ai été sa forme changeante

Et ses couleurs





Elle sort cette nuit de mon lit

Et fait ses ricochets

Arize Arize Arize

De rive à rive

De berge à berge

Comme une gravure

Qui mord et creuse

Ce poème électrique

À contre-courant





Ni Nil

Ni Don

Mais de toutes les rivières du monde

Mon bel affluent





Un dictionnaire à part moi
texte en cours

l’Arize

METTONS QUE JE N’AI RIEN DIT

hypnographies
Dorio
23/05/2020

je parle au papier
avec ma voix
23/05/2020
11h30




Mettons que je n’ai rien dit.

Mettons que je m’appelle Ishmaël

et que pour chasser le cafard

l’envie me prend de naviguer.

Mettons que cette écriture,  

se fait en mode survie.

Mettons qu’elle se perd

dans Méandre fils d’Océan

et de Thétis.

Mettons qu’elle se relance

par ricochets et palets

d’une marelle étourdissante.

Mettons que cet exercice

de chevet  anaphorisant

m’évite la prise d’anxiolytiques.

Mettons que je traverse ainsi

mes intimes altérités

croisant  personnes et personnages,

lieux, paysages, époques, pensées

perdues et retrouvées,

scènes autres et nourrissant

mes feuilles d’ombre.

Mettons qu’à la différence

de l’écriture d’une poésie

qui requiert un temps infini

de retouches et variations,

ce dictionnaire s’écrit

d’une traite et joyeusement

à part moi.

Mettons, en effet,

que je n’ai rien dit.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI

« Patchwork in progress)