DE PAGE EN PAGE Il écrit sur la mer calmée Bien malin qui retrouvera Ce vers que je recopie Il écrit à la pointe fine Une fine à l’eau ! Tu connais mon poteau ? Il écrit sur un filtre à café Avec de l’encre bleue Et du vague à l’âme Ça c’est un cliché ! Il écrit comme dit l’autre ce texte à peine ébauché Son autre « je » Sur cette page Inachevée
ANAMNÈSES :
Ténuité des souvenirs (Roland Barthes)
Il se souvient
D’un clair de lune
à Maubeuge
Et d’el desdichado
Le Soleil noir
De Gérard de Nerval
Il se souvient
qu’il n’aimait pas
la soupe au choux
et que son père l’hiver
portait des esclops
des sabots de bois
Et toi qui me lis
Dis-moi spontanément
De quoi te souviens-tu ?
Maints navigateurs en ont fait l’expérience qui y sont passés, ont disparu, mais nous ont laissé ces traces ténues que nous relevons et prolongeons sur l’épine dorsale d’un temps qui ne veut pas mourir.
Saint-Blaise n’a pas de dieux.
Si ce n’est ces dieux sans statues et sans rites qui logent désormais dans l’âme des mots quotidiens des visiteurs d’un jour.
De Saint-Blaise pourtant sans dieux et sans limites, nous célébrons encore ce presque-rien, le rêve d’une cité-fantasme qui a la forme de l’éternité.
Sur l’Oppidum sans nom Encres Vives collection Lieu 225°
SAINT-BLAISE HAT KEINE GRENZEN.
Viele Seefahrer haben dies erfahren, als sie hier vorbeikamen und wieder verschwanden, doch sie haben uns diese zarten Spuren hinterlassen, die wir nun aufdecken und weiterleben lassen, auf dem Rücken einer Zeit, die nicht sterben will.
Saint-Blaise hat keine Götter.
Außer diese Götter – ohne Statuen und ohne Riten – , die nun in der Seele der täglichen Worte der Tagesbesucher wohnen.
In Saint-Blaise, das doch keine Götter und keine Grenzen hat, feiern wir noch immer dieses Beinahe-Nichts, den Traum einer Phantasiestadt, die die Form der Ewigkeit hat.
Traduction de Carmen et de Martin Lauer
PRÉSENCE DE SAINT-BLAISE
Saint-Blaise est une chapelle située sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, à mi-chemin entre Istres et Martigues. Elle se tient à l’extrémité nord d’un plateau rocheux qui, entre les étangs de Citis et de Lavalduc, domine la plaine de La Crau et surveille la région, du golfe de Fos à la chaîne des Alpilles et au Rhône. D’origine récente, ce nom de Saint-Blaise désigne aujourd’hui le site et la longue existence de trois habitats disparus : un vaste oppidum gaulois paré d’un remarquable rempart grec (VIe-IIe s. av. J.-C), dont on ignore encore le nom antique ; la ville paléochrétienne d’Ugium (Ve-IXe s. ap. J.-C) ; enfin le castrum médiéval de Castelveyre (XIIIe-XIVe s. ap. J.-C). Autant d’agglomérations, tour à tour florissantes, détruites et oubliées, dont les vestiges, révélés par les fouilles, racontent l’histoire de la Provence et de la Méditerranée.
Quarante ans après Philippe Jaccottet et son « Paysages avec figures absentes », Jean-Jacques Dorio explore à nouveau l’oppidum sans nom. Mettant ses sens en éveil, il livre ici un beau texte qui, par fragments, accueille et essaie d’ordonner tous les signes qu’un tel lieu nous lance ou nous instille, longtemps parfois après l’avoir quitté
Jean CHAUSSERIE-LAPRÉE Archéologue de Saint-Blaise
une pierre travaillée détail du rempart dit de « grand apparat » -150 environ
-Alors, qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Cette nuit avant d’écrire j’ai revisité les cinq affects correspondant aux cinq parties du corps désignées comme « immodérées » par Spinoza et qu’il faut s’appliquer à modérer, à défaut de les maîtriser. -Je suis curieuse d’en voir défiler la liste. -Il y a l’Ambition (ambitio), le désir immodéré de la gloire, la Gourmandise (luxuria) d’une simple madeleine à la grande bouffe, il y a l’Ivrognerie (ebrietas) « Je bois systématiquement pour oublier tous mes emmerdements » Boris Vian, il y a l’Avarice (avaritia), le désir immodéré d’être riche et enfin, il y a la Lubricité (la bonne vieille libido). -Et quels sont alors les antidotes ? -Ce serait trop long à t’expliquer, mais Spino en décline le principe ainsi : ce qui n’est pas bon dans les affects auxquels nous sommes quotidiennement la proie, c’est qu’ils ne se rapportent qu’à une seule partie du corps (alors on ne pense qu’à ça !). Ce qui est souhaitable, à l’inverse, c’est que le Corps soit affecté d’un très grand nombre de manières, alors l’Esprit devient plus apte à penser. Par exemple, « Nulle partie du corps ne doit souffrir de malnutrition, ni à l’inverse de suralimentation ». Autrement dit, si je puis dire, beaucoup de corps, beaucoup d’idées. Il s’agit, tu l’auras reconnu, du fameux conatus, de nos capacités d’agir sources de Joie : « L’Esprit autant qu’il peut s’efforce d’imaginer ce qui augmente ou aide la puissance d’agir du corps. » Borges écrivit, en quatorze vers, un poème intitulé Spinoza. Il n’omit pas de rappeler que hombre quieto (homme paisible), le philosophe gagna sa vie en polissant des lentilles : Las traslúcidas manos del judío Labran en la penumbra los cristales (Les translucides mains du juif, Polissent dans la pénombre le cristal). No lo turba la fama, ese reflejo De sueños en el sueño de otro espejo Libre de la metáfora y del mito Labra un arduo cristal : el infinito Mapa de Aquel que es todadas Sus estrellas (Il n’a aucun rêve de gloire, ce reflet De songes perdus dans un miroir, Libéré de la métaphore et du mythe Il polit le dur cristal de l’infini La carte de Celui qui est toutes Ses étoiles) ma traduction…hasardeuse
CECI ÉTAIT ET N’ÉTAIT PAS aixo era y non era disent les conteurs majorquins Ceci était et n’était pas sous les pavés la page et face à Léonard peignant une dame assise en entier –jusqu’à ses pieds posés sur un sol en damier de bibliothèque de Veira da Silva- la dame tient un tableautin bidimensionnel la représentant –la Joconde- Ceci était et n’était pas –aixo era y non era– des fictions –ficciones– mangées par les taches de café là où la part personnelle de mon histoire s’arrête le reste étant en la mémoire de mes lecteurs ou peut-être en leur espérance –esperanzaesperanza bailando el chachacha– ou leur peur –temor-Ceci était et n’était pas : un petit disque plat et froid qui se met soudain à chanter la missa solemnis Ceci était et n’était pas Dieu opus 123 Domine Deus Rex Coelestis Aixo era y non era : collant leurs petits museaux roses aux grilles des mensonges littéraires chantant des choses comiques entre l’anacoluthe et le lapsus Ceci était et n’était pas : un conte de Mayorca une grue japonaise tissant avec ses plumes en sang les trous noirs l’antimatière les hallucinations du village global Ceci était une Joconde souriante Et ceci n’était pas la Joconde ouvrant ses lèvres en disant Comi di Comédie La comédie d’un jour La comédie d’la vie Paolo Conte