CHANSONS





Une chanson de pauvre mais que ce pauvre chante

Proche des larmes au creux des nuits

Une chanson de riche qui en a pour ses sous

Saoul saoul comme l’Arsouille qui se disait Milord





Une chanson de mort étendu sur son lit

Ou perché sur un arbre

Dans un hamac piaroa

Au son des maracas





Une chanson de vie qui joue avec le feu

Répand ses petites fleurs

Sorties de sa clarinette

Ou d’un sax soprano





Une chanson sans paroles

Que l’on ne sait comment finir

Et que l’on abandonne de guerre lasse

Aux fantômes des souvenirs


	

COUDRE le monde les mythes et leurs secrets





COUDRE

Le monde a plusieurs couches

En chacune vivent plusieurs esprits

Coudre le monde c’est les visiter





Coudre le monde : Molakana Coudre les tissus bariolés des indiennes Kuna Coudre les oiseaux sur fond de madrépores Coudre les mythes et leurs secrets Coudre les points de ton cœur avec un fil passé dans tes papiers de condamnée Coudre ces créatioures qu’on ne sait nommer en français Coudrel’amour de si près saisi qu’il crie sans cesse au feu (Marot) Coudre les ballades et la ronde de tous les gars du monde et des veuves de marins Coudre les fleurs bleues ou bien les blanches Coudre un cœur pour la fête des mamans du dimanche Coudre l’Adieu à l’enfance Coudre les poèmes à dire et à chanter Coudre l’oubli d’éternité Coudre les souhaits et les promesses de paix trésor qu’on ne peut trop louer (Charles d’Orléans) Coudre les libres pensées avec des vers dorés Coudre nos dictionnaires de Pierre Bayle et d’Alain Rey Coudre les soleils irréductibles d’un 14 juillet Coudre Batouque rythme du tamtam sur la machine à écrire de Césaire (Aimé) Coudre les souvenirs de mon aimée quand nous buvions aux sources des bois la gorge en feu Coudre tout ce qui ne se coud pas Coudre ce qui secoue les jeux des forains sur les places en fête Coudre le temps des cerises sur la brise marine Coudre tout ce qui brise la malédiction des gueux et des famines Coudre cet apoème sur le cahier d’un écolier qui dit pouce…c’est terminé

Mola des indiennes kuna (don de l’ethnologue et ami Michel Perrin)

JE DIRAI QU’UN POÈME EST LE BON TEMPS DE LA VIE





Je dirai qu’un poème me donne des raisons de passer du bon temps

Je dirai que ces raisons n’ont rien à voir

avec l’idéologie patheuse

(du mot pathos)





Je dirai qu’un poème me donne l’occasion de régler mes mots

compte tenu des choses

sans rien céder à la suie des paroles

aux expressions toutes faites des informes mollusques :

les gens qui parlent à tort et à travers





Je dirai qu’un poème se construit dans le corps

Dans l’être obscur qu’il s’agit par essais successifs

De mettre à jour





Je dirai qu’un poème n’est jamais acquis





Je dirai qu’un poème écrit, donné à voir,

Pour chaque lecteur, est différent

L’un s’y reconnaît en partie

Et ça l’apaise

L’autre le repousse, mais le lit

Et ça le tracasse





Je dirai qu’un poème est fait pour être réécrit





Italiques Francis Ponge

je dirai qu’un poème me donne des raisons de passer du bon temps

CHANTER afin que vous soyez adroit à sonner plus hautes chansons





Afin que vous soyez adestre À sonner plus hautes chansons

Du Bellay





Et si ton chant passe à côté d'la cible
Autant autant en emporte le vent

Claude Nougaro


Chanter l’amour en tête et la peine au cœur Chanter l’Internationale c’est fini n. i. n. i. Chanter sous la pluie et dans le vent du matin (la route va la route va son train) Chanter à Paris (quand un amour fleurit) Chanter un air de deux airs Chanter p’tit Quinquin à son enfançon son son  Chanter pour le maçon Chanter un virelai de Guillaume de Machaut Chanter Desafinado une bossa pour celui qui chante faux d’Antonio Carlos Jobin  Chanter si ça vous dit voix off voix in Chanter juste pour chanter en accompagnant ses brebis au Mont Né (dans les Pyrénées) Chanter à votre Vénus Callipyge ( Voir votre académie madame et puis mourir) Chanter une chanson de quatre sous Chanter a capella un chapeau sur la tête Chanter en polyphonie dans l’Italie du Quattrocento ou chez les Pygmées Chanter aux Champs Élysées (au soleil sous la pluie à midi à minuit) Chanter Nerval el desdichado (le désenchanté) Chanter el canto general de Pablo Neruda à Isla Negra Chanter les îles des Marquises quand par manque de brise le temps s’immobilise Chanter Général nous voilà dans la France moisie de Pétain Chanter la marine de Paul Fort et Brassens Chanter pour la Marine celle de la France has bean qui nous assassine Chanter pour passer le temps à la moulinette Chanter les Noces de Figaro l’opera buffa de Mozart et da Ponte Chanter sous le pont des Soupirs les plaintes des condamnés Chanter le nez en l’air les doigts sur le clavier Chanter l’art de la lyre Afin que vous soyez adestre À sonner plus hautes chansons Chanter à l’unisson

oui nous ne sommes que fétus (dorio) enregistrement studio du Petit Mas (Martigues)