JE DIRAI QUE JE N’AI RIEN DIT





Je dirai que je suis tombé

Je dirai que j’ai perdu le nord

Je dirai que chercher d’autres excuses

serait à la longue fastidieux





Je dirai si ça vous intéresse (et à l’inverse)

que je me suis relevé

Je dirai que j’ai retrouvé la voie





Je dirai que la nuit la lampe est mon soleil

Je dirai Terre en vue

Je dirai l’esprit des bêtes et des arbres

Je dirai le corps qui dicte à l’esprit

Je dirai le vide qui broie les mots inadéquats





Je dirai merci à celles qui m’ont écrit

Que ce que j’écrivais leur parlait

Je dirai quand je mourrai

Ma gratitude aux poètes qui m’ont accompagné





Je dirai que je n’ai rien dit

COMPRENDRE pister, être aux aguets, écrire par successifs essais





COMPRENDRE

Apprendre : se familiariser avec, pister, enquêter, essayer, induire, par analogie, découvrir – comprendre peut-être, mais jamais en général, toujours relativement à une question, une préoccupation ou une situation.

Henri Michaux





Comprendre la folie Comprendre l’idiot du village (nous avions le même prénom) Comprendre les sophisticated lady et les simples d’esprit Comprendre le premier qui dit la vérité…il doit être exécuté  (Guy Béart) Comprendre Galilée condamné par l’Église pour hérésie pour avoir tenu cette fausse doctrine du mouvement de la Terre et repos du Soleil Comprendre les fous littéraires et les artistes de l’art brut bricolant leur grand œuvre enfermés entre quatre murs Comprendre Jean-Pierre Brisset auteur de la grammaire logique qui démontre au moyen de calembours que l’homme descend de la grenouille et que ce batracien parle français Comprendre que Nuit est un mot lumineux et que Jour est obscur Comprendre les farfadets les elfes et les follets Comprendre les djinns : Murs Ville et Port Asile de Mort Mer grise où Brise la Brise Tout dort Comprendre Hugo Victor Comprendre l’heure qui se fait Sirène et qui nous leurre Comprendre Ulysse charmé par leur chant sublime mais qui grâce à sa ruse leur résiste Comprendre le monde des Livres qui nous délivre ou nous réduit à n’être que livresque Comprendre l’ivresse des cimes Comprendre l’amour fou d’Union libre : Ma femme à la chevelure de feu de bois Ma femme aux pensées d’éclair…(André Breton) Comprendre le testament de François Villon Je plains le temps de ma jeunesse Auquel j’ai plus qu’autre galé (amusé) Comprendre les deux testaments de Brassens la Supplique et la Camarde Comprendre et à tout prendre accepter de ne pas comprendre…Mais sans répit  tâcher d’y voir clair

et à la fin des fins qu’est-ce que vous comprenez ?

OUVRIR les choses plus que les découvrir





OUVRIR

Mes écrits ne contiennent aucune certitude qui me satisfasse à moi-même, aussi ne fais-je pas profession de savoir la vérité…J’ouvre les choses plus que je ne les découvre.

Pierre Bayle (1647-1706)





Lorsque je fouille dans mes pensées, il y a des noms, et jusqu’à des personnages, qui échappent à ma mémoire, et cependant ils avaient peut-être fait palpiter mon cœur : vanité de l’homme oubliant et oublié ! Il ne suffit pas de dire aux songes, aux amours « Renaissez ! » pour qu’ils renaissent ; on ne se peut ouvrir la région des ombres qu’avec le rameau d’or, et il faut une jeune main pour le cueillir.

Chateaubriand (1768-1848)









Ouvrir un nouveau cahier de 96 pages (17x22cm) Ouvrir les guillemets en recopiant la dernière phrase lue sur son livre de chevet :  Faire un livre qui soit un acte…tel est le but qui m’apparut…quand j’écrivis l’Âge d’homme  (Michel Leiris) Ouvrir l’œil et le bon Ouvrir son imagination Ouvrir sa boîte à malices Ouvrir l’Odyssée d’Ulysse l’Inventif Ouvrir ses poumons devant la mer et ses embruns Ouvrir la prison de Fleury-Mérogis Ouvrir sa muleta à l’écriture considérée comme un exercice de tauromachie  Ouvrir son cœur une nuit sous le dernier croissant de lune Ouvrir la ronde des jurons (les « Scrogneugneus, jarnicotons, bigre et bougre ! » Brassens) Ouvrir la lettre dont les caractères d’écriture nous sont connus (et chers)  Ouvrir la dernière étude sur Montségur Ouvrir la porte du cimetière du Trabuquet où repose son ami Michel à Menton Ouvrir l’album de photographies avec tes yeux de myosotis Ouvrir cette bouteille de vieille prune Ouvrir le vieux cahier des charges (de CRS) de Mai 68 au quartier Latin Ouvrir le dernier livre de poèmes écrit et envoyé par Jean Louis Rambour depuis Bayeux (Quand nous regardions depuis notre terre ) Ouvrir les Nuées d’Aristophane avec la complainte du vent qui s’ennuie la nuit le vent des toits qui pleure et rage Jules Laforgue) Ouvrir le cahier de solfège où tu transcrivis jadis Étoile des Neiges Ouvrir le collier de griffes de Cros (Charles) qui guigne la dame aux yeux de panthère Ouvrir la dernière session du Bird (Charlie Parker) mort sur le palier de la baronne Pannonica de Kœnigswarter (on peut vérifier) Ouvrir le flacon d’encre noire comme la mer là-bas à l’horizon de mon atelier de scribe Ouvrir cette dernière ligne qui clôt dans un sanglot cet exercice d’éparpillement à livre ouvert






	

TOURNER sept fois ma plume dans son encrier

TOURNER








Depuis le fameux bigbang ça tourne ça tourne

Claude Nougaro





Tourner casaque Tourner un compliment à la Pierre Dac Tourner autour d’une toile posée au sol par Jackson Pollock Tourner dans la forteresse de Sacsayhuamán en haut de Cuzco le jour d’Inti Raymi (pour ma pomme ce fut le 21 juin 1970) Tourner au tour un bol tibétain Tourner cette petite épître inventée par ce malicieux rimailleur qui s’allait enrimant (« Marot trouves-tu en rime art ?) Tourner le bouton de ce poste clandestin qui répète en boucle les sanglots longs des violons de l’automne (le 5 juin 1944) Tourner la pâte grise que l’on enfourne sous le regard des Effarés Tourner sept fois sa langue dans son encrier Tourner la page 893 À l’ombre des jeunes filles en fleurs (« mêlant tous les arts, à la façon de ces poètes des anciens âges pour qui les genres ne sont pas encore séparés ») Tourner le cœur de la Nausée Tourner la tête de la grisette (Margot la blanche caille et Fanchon la cousette) Tourner le livre des Tables des séances spirites de Victor Hugo à Jersey Tourner avec Queneau cent mille milliards de poèmes Tourner Zazie dans le métro de Louis Malle Tourner la cuillère d’un petit noir à la terrasse des Deux Magots et disparaître anaphoriquement