AFFAIRES COURANTES

Dans la journée j’expédie les affaires courantes  afin de me consacrer, le temps ainsi dégagé, aux poèmes et chansons qui, peu ou prou, nous ressemblent.

Doux rêveur je l’admets cherchant toutes les nuits sa clef perdue sous le réverbère de Dame Poésie.

Autant dire faiseur comme Frère Jacques, d’Encres Vives et de  feuilles mortes, transformées grâce à la musique de Kozma en Autun Leaves, standard du jazz, comme on dit.

Version française, l’originale, et américaine , à écouter et à réécouter en expédiant ses affaires courantes.

Conseil d’ami.

DE SACRÉS MALENTENDUS

Il pleut toujours où c’est mouillé

J’écris ce texte au doigt mouillé

Depuis Pont de Suert

Pyreneos catalanas

Ce lieu est un choix délibéré

Donnant accès à une vallée

Où poussèrent comme des champignons

Des églises de type lombard

Aux XIe et XIIe siècles

Je m’aperçois que ce message verbal

N’est en rien une œuvre d’art

À moins que tout ce bon désordre

Ne soit qu’une invention délibérée

La diction d’un poète prosateur privé de prostate depuis belle lurette et par conséquent se livrant comme au bon vieux temps à une écriture protestataire parodique (plus ou moins)

Mais Non Comme disait naguère un des pères du Structuralisme (mot entre parenthèses qui ne fait plus partie du vocabulaire de l’université et encore moins de celui des animateurs médiatiques fussent-ils opérant dans l’émission matinale de France Culture)

Mais Non : ce ne sont pas les ressemblances mais les différences qui se ressemblent

Outre ces constructions à la lombarde ces églises médiévales étaient ornées de peintures qui frappent encore mon sens du sacré que je croyais avoir définitivement perdu

Mais chut je crains que cette dernière incise ne fasse pas sérieux en ce jour de pénultième étape du tour de France et du grand remplacement sur les routes et carreteras des juilletistes tristes par des aoûtiens bons chrétiens

Et donc selon la formule préférée des théoriciens du Malentendu : mettons que je n’ai rien dit !

CAUCHEMARS PRÉFÉRÉS

Chercher dans sa bibliothèque un livre en vain

Trouver un livre qu’on ne cherchait pas

Confondre son nom de plume avec son nom de famille

Rêver appuyé sur son oreiller en plume d’oie d’un trajet que l’on fit entre Banon et Vachères

En faire l’incipit de Regain

Entendre une voix d’outre tombe qui proclame : un vieillard qui meurt c’est une bibliothèque en flamme

Se réveiller en larmes en écrivant : devant les horreurs du monde ne jamais rendre les armes