CHIMÈRES

Les êtres se définissent autant par leurs chimères que par leur condition réelle.

Paul Bénichou

L’un écrit :

Je ne peux lire un livre sans prendre une feuille blanche et une plume pour, m’enthousiasmant, écrire à mon tour, certain que je vais le surpasser.

Et l’autre lui répond :

Toujours tout à renouveler, les corps de nos défunts après leur dernier souffle, et, vous avez bien raison de le souligner, le démon de l’écriture, qui nous pousse à surpasser n’importe quel de nos chevaliers de plume et d’essai.

Et une troisième :

Messieurs, l’inutile n’est jamais si bien servi que par vos tentatives chimériques. Il me tarde qu’elles aboutissent dans un livre qui, assurément, fera le bonheur des enfants et des jeunes filles en fleurs.

DISPARITIONS

"L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros
Les italiques sont des citations puisées dans l’œuvre du "disparu ».

Le reste est de l’auteur du blog « poésie mode d’emploi ».

DISPARITION

VI

L’AUTRE GEORGES.P.

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SEUL. Se sentir seul et apprendre de sa solitude à décliner ses modes. Commencer, par exemple, après une période de vie en commun, à mieux respirer. J’ai été long à me trouver à l’aise que seul. Mais c’est seul que je respire le mieux. Pas très bien. La solitude est difficile. Mais les hommes instituaient in climat mauvais pour ma santé. Seul. Ne plus être sollicité par la vie domestique, dès les aurores, et reprendre dans son lit au réveil ses notes de lectures, découvrir des nouveautés, à jeun, laissant revenir la fringale de ses Papiers collés. Faiseur de notes invétérées, sur quelle marge puis-je les prendre, sur celle de l’immense livre ouvert qu’est la vie. Et qu’est cette vie, sinon le texte de l’Autre, follement sollicité.

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Le jour de sa disparition, le 7 février 2017, on pouvait lire sur le journal du soir :

LA CÉLÉBRATION DE LA VIE ORDINAIRE

 Nous apprenons la mort de l’écrivain Georges Perros, survenue le 24 janvier à l’hôpital Laennec à Paris. Il était âgé de cinquante-cinq ans.

LES GENS DÉRAISONNABLES SONT EN VOIE DE DISPARITION  de Peter Handke

FAULKNER À LA PLÉÏADE

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 Si écrire -au sens large- n’est pas un moment privilégié de notre existence, mieux vaut en rire.

Écrire ce qui vaut la peine de vivre et ce qui n’en vaut pas la peine.

Quelquefois on trouve la page trop blanche

On hésite sur ce qu’il faut lui écrire pour ne pas la froisser

Puis on se lance

Comme un enfant saute à Marelle

Dans les cases tracées à la craie

Sur le pavé

Tournant le dos au Poëte timoré

Hanté par le vierge vivace

Et le bel aujourd’hui

LETTRES À UNE INCONNUE

LETTRES À UNE INCONNUE

Parfois il a pu arriver qu’on s’écrive à soi-même. Parfois même il nous est arrivé d’écrire aux morts. Cela n’arrive pas tous les jours, j’en conviens, mais cela peut arriver. Et il se peut aussi que les morts nous aient répondu, sous une forme qu’ils sont les seuls à connaître.

Antonio Tabucchi Si sta facendo sempre più tardi (Il se fait tard de plus en plus tard)

Ni fleurs du mal Ni fleurs du bien Mais ces quelques lettres au vent de la nuit Que je partage avec si peu de vivants Mais une infinité de disparus Le stylo trace ses lignes  Apparemment sans but Tel un tisonnier avec lequel on fouaille les cendres de nos mots-clés : miettes, fragments, poussière, imagination, accents restés dans la voix d’autrui… Assis devant un livre que je feuillette Regardant les lumières des bateaux sur la passe maritime Écoutant un raga de nuit J’écris ces lettres d’Utopie J’écris dans les eaux mouvantes d’un imaginaire qui ne cède rien à la divine tragédie de notre temps en guerre contre l’audace, l’esprit de révolte, l’absence de présupposés, la persévérance, l’ostinato rigore, la concentration, la simplicité, l’aptitude au jeu amoureux, l’intense curiosité, le désintéressement, la vulnérabilité, l’humilité.

TOUT SE RANIME D’ÊTRE NOMMÉ courriel 18

Ici, l’échange de courriels est imaginaire, mais non les messages que des auteurs, en chair et en os, ont écrit jadis, naguère, et, qui seront encore lus, pourquoi pas, après leur disparition.

Le lecteur est invité à rétablir leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  « bibliothèque de Babel. »

18

Laisser les mots s’éteindre serait signer le pacte d’abandon, entrer dans le jeu muet de la mort. Tout se ranime d’être nommé, suc de vie, élixir du sang, extrait de l’inépuisable. Une dernière page pour demeure.

J.St-J. à JJ.D.

Les mots venus de toute part je leur laisse passer leur chemin. Ou bien je les place en chambre de décontamination. En attendant le retour de leur réelle présence : silence sur la page.

JJ.D. à J.St-J.

J.St-J. dernier livre publié Nous les inachevés

JJ.D dernier livre publié Coudre et recoudre ce monde qui se défait à vitesse grand V

Deux poètes amis ignorés du bouillon d’inculture « des grands médias »

PAR HASARD

Par hasard

az-zahr :

Le jeu de dés

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Par hasard

L’écriture

De ces vers

Aléatoires

.

Par hasard

Hasarde-toi

Écris toi aussi

Sans te retourner

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Par hasard

Cette voix

Qui persiste

En son joyeux

Épithalame

.

Par hasard

Elle affronte

L’orage

Elle affronte

L’écume

Des bannis

Et des proscrits

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Par hasard

C’est du djazz

Le parti pris

D’un rythme

Dèfiant

Le hasard

Hasard objectif

Azahar

C’est aussi

À Granada

La fleur d’oranger

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Encore une voie d’entrée

En ce poème de hasard

En lutte avec Nécessité

Sur Poésie mode d’emploi

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Écrit dans la tête

Puis sur l’écran

Après plusieurs effacements

Et reprises hasardeuses

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Martigues

10 mars 2026

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