DISPARITIONS XVIII Jacques Réda

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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Car je ne vous crains pas, fantômes, au contraire.

À mesure les ans ne m’auront dédoublé

Que pour m’alléger davantage, me distraire

Du souci d’être l’un ou l’autre. Il m’a semblé

Vous surprendre au hasard de ce long soliloque

Où je m’entends parfois causer avec l’oubli…

LIEUX D’OUBLIEUSE MÉMOIRE

Le café du village où dans un nuage de fumée de tabac gris je faisais le concours de belote les nuits du samedi ayant pour partenaire Denis le cantonnier

Un bar de Buenos Aires le 14 juillet 1970 (précisément) un livre de Borges sur l’argot porteño (le lunfardo) sous les yeux

Le croisement des boulevards Martin Luther King et Malcom X à New York (opposés par les moyens de lutte, réunis par leurs tragiques assassinats)

L’Alhambra de Granada et le bruit de ses fontaines patio de los naranjos y patio de los leones

Et, pour de faux, ce Nil inventé sous forme de tautogramme : Nos Nils noient nos nuits nées neiges noires

DISPARITIONS XVIII Jacques Réda

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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TOMBEAU DE JACQUES RÉDA

Sans jamais l’assombrir comme une pure offrande : un Présent

Belle hécatombe de mots
C’est enfin leurs fins
Dans les bras d’un sommeil
Que l’on dit éternel
La fête est finie
Mais les malheurs aussi
On vide les tiroirs
De tes cartes postales
Quelques tickets d’un bal
Ou d’un concert de jazz
Tu as fini aussi crédule
Et tendre sous l’écorce
Qu’un gosse des faubourgs
Que l’on voit siffloter
Le requiem de  Fauré
Entre les pages d’un album
Où quand vient notre tour
C’est toujours tout le monde
qui meurt… mais pas nous