J’ÉCRIS TOUTES LES NUITS

J’écris toutes les nuits

en retard d’une journée

passée à réfléchir

les rayons et les ombres

d’un présent fragmenté

J’écris toutes les nuits

en avance d’un jour

dont nulle heure n’est cochée

sur un calendrier

J’écris toutes les nuits

en retard d’un secret

sur le bout de la langue

d’un stylo qui hésite

entre deux mots

J’écris toutes les nuits

en avance d’un jour

dont je ne sais quelle nouveauté

provoquera remous

J’écris toutes les nuits

en retard d’une ivresse

eau de vie jetée

sur ton portrait de pierre

J’écris toutes les nuits

en avance d’un jour

qui sera le dernier

LAVANDES ET CAFÉ NOIR

Sûrement assurément ces notes de copiste sur le motif: abeilles sur les lavandes éclatantes, fourmis en file sur une branche de laurier rose. Sûrement assurément ce que fait aussi le copiste : ces lignes sans ratures et sans grâce particulière, le café qu’il a versé dans le mazagran et qu’il boit noir. Et pour ce qu’il pense, ce qu’il sent, non vraiment sûrement, assurément, il vaut mieux en rester là. Cependant s’il retourne la page qu’il avait prise au hasard sur la table de lecture, il en a pour mille ans de paître les lavandes violâtres, de suivre les fourmis idolâtres, d’opposer chant et contre chant…et de reprendre du café noir.

05 | juillet | 2006 | POÉSIE MODE D’EMPLOI

L’INFIME DU PARADIS

Avec la fenêtre de l’été brûlant

Les vents tournants de Provence

Les abricots de ce matin à pleins paniers

La terrasse où respire le chèvrefeuille odorant

Une romance de Gabriel Fauré

Mon épouse bénie des hasards volontaires

Les tentatives d’écritures sans prétention

Les marques partout présentes de l’Univers en mouvement

Et les amis et amies d’humaine condition

05 | juillet | 2008 | POÉSIE MODE D’EMPLOI 05 juillet 2008

LA OTRA VOZ

AU FOND

 C’EST CELA QUE NOUS VISONS :

     la possibilité d’une petite famille de lecteurs

            plus préoccupée des autres

                que de soi-même

                et qui peut-être

                  – qui sait ? –

            jour après jour agrandit à son insu

      son invisible mais constante lignée…

           celle qui n’impose rien à personne

 mais qui s’obstine à maintenir l’exigence d’une autre voix

                           la voie poétique…

L’AUTRE DORIO

Ça vient parfois de l’Autre Dorio

Comme disait Borges

On glosera sur ce dernier des siècles durant

L’autre restera un inconnu de son vivant

Comme ce poète anonyme que consigna Borges

Et dont toute l’œuvre – prétendait-il – se réduisait à deux vers :

Il avait ouï une nuit

Le chant d’un rossignol…

Un rossignol nommé Borges

JE NAQUIS EN ARIÈGE

Je naquis en Ariège

En quarante-cinq Ah

Ris ai-je dit au chat

Qui la langue me tire

Mon père labourait

Semait le blé et l’orge

Ma mère cuisinait

Les produits du jardin

Le poulet le lapin

Le canard le cochon

L’omelette des poules

La soupe au lait des vaches

Que mon père trayait

Fils unique j’étais

L’espoir de la famille

Instituteur serais

Rien de moins rien de plus

J’apprendrais za compter

Lire faire pâtés

D’encre Bâtons et lettres

Aux marmots de l’école

Plus de porcs de couvées

De labours de semailles

La mort des paysans

La vie d’un enseignant

Et voilà tout est dit

Le chat s’est endormi

Je lui ai donné ma langue

Et cet écrit étrange

Des débuts de ma vie

Avec les animaux

Les projets de mes vieux

Confidences à mi mots

Pensées les yeux fermés.

Sans flonflons ni enflure

Entre rires et pleurs

Maintenant que les fleurs

Des fêtes de nos vies

Ne sont plus qu’avenir

Au passé aboli.