EN VERS DE MIRLITON

On n’est pas sérieux quand on a quatre fois vingt ans

et que l’on aligne encore comme à l’instant

des vers de mirlitons

Dans son lit entre deux sommes

Sur le rocher inexpugnable de son île anglo-normande

Du haut du cimetière marin surplombant la plage de la Corniche

Au milieu de la forêt obscure d’un gribouilleur

Qui quoi qu’il fasse chaque matin retrouve sa page blanche

AZ-ZAHR

Toute pensée émet un coup de dés

Stéphane Mallarmé

.

Étoiles bactéries humains

Le Hasard nous fit naître

AZ-Zahr : le jeu de dés

.

Coup de génie de Mallarmé

Le poète Symboliste

Faisant entrer le Monde

dans son Livre

Par ses blancs

Sa mise en scène spirituelle

.

Son coup de dés

Quand bien même lancé

Dans des circonstances éternelles

Jamais n’abolissant

Le Hasard





MA BOHÈME

comme une vieille chanson du jeune temps

.

C’était dans mes poches crevées

Les amours splendides

Que j’avais rêvées

C’était ma culotte

De petit Poucet rêveur

Et son large trou

Les étoiles au ciel

Avec leur doux froufrou

C’était ma bohème

Revisitée maintenant

que je suis vieux

les yeux fermés

Mais je n’oublie pas

Ce parcours idéal

Dont je fus le féal

C’était tout un poème

De rosée à mon front

Comme un vin de vigueur

Et les élastiques de mes souliers

Que je tirais comme une lyre

Un pied près de mon cœur

voix de mademoiselle Lia

UN CADEAU EMPOISONNÉ

On m’a offert une Saison en Enfer avec la photo du revolver de Paul Verlaine C’est un Le Faucheux le pétard avec lequel il a tiré sur Arthur Rimbaud à Bruxelles

-Pan t’es mort ! T’es en enfer !

Ce à quoi le futur trafiquant d’armes en Abyssinie a répondu :

-C’est pas encore mon dernier couac sur mes hideux feuillets de mon carnet  de damné je vais cracher mon dernier texte Toutes grimaces imaginables des Jésus Satan Ferdinand oh! tous les vices, colère, luxure magnifique la luxuresurtout mensonge et paresse.

J’ai objecté :

-J’aime tes poèmes que je connais par cœur  Ma bohème Le dormeur du val L’Éternité ou que je lis des yeux comme Le bateau ivre Les poètes de sept ans voire certaines de tes Illuminations mais ta Saison en Enfer Arthur c’est mauvais sang et Cie Exclamations à blanc autant de scies Je laisse à d’autres tes clefs pourries Et ta manière de vouloir entraîner dans ta chute la troupe de tes lecteurs inconditionnels

Hier encore je soupirais Ciel ! sommes-nous assez de damnés ici bas! Moi j’ai tant de temps déjà dans leur troupe ! Je les connais tous Nous nous reconnaissons toujours ! Nous nous dégoûtons !