SE RÉINVENTER EN PERMANENCE ET TROMPER SON MONDE courriel 79

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V.N. à A.T.

L’homme est le seul animal qui se réinvente à chaque pas, se refait à chaque souffle, renaît à chaque fois qu’il respire ; ainsi dans le théâtre mental du livre ou sur la scène qui s’ouvre, ont lieu démontage et remontage autrement de la figure humaine.

A.T. à V.N.

Il était petit et trapu, avec un aspect paysan, à le voir on n’aurait jamais à un écrivain raffiné comme il était, mais les écrivais sont toujours ainsi, ils trompent leur monde.

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V.N. (4 mai 1942-16 janvier 2026) son livre posthume à pour titre Désoubli Il tâta de tous les arts de l’écriture, de la scène, du dessin et de la peinture.

A.T. (24 septembre 1943-25 mars 2012) son livre posthume Per Isabel a pour sous-titre Un mandala

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas

23/68

GUÉRIR LA VIE

Il y avait les routards et les beatniks

10 ans avant Mai 68

Clochards célestes

Lecteurs de Sur la route de Jack Kerouac

Et qui se retrouvaient chez Popof

Le café rue de la Huchette

Il y avait il y eut le grand mythe de l’Utopique

An zéro : On arrête tout On réfléchit

Et on invente l’an 01

Il y avait toutes ces questions sur la vie

Plus ou moins bien formulées

Et dont les réponses – c’était le drame-

Ne pouvaient être données sur le champ

C’était ça le leurre de SOYEZ RÉALISTES

DEMANDEZ L’IMPOSSIBLE…

Il y avait une joie incommensurable

Et une marrade généralisée

Qu’est-ce qu’on a pu rigoler

En inventant des slogans en marchant

Qui étaient repris par cent par mille

Ou faisaient flop

Et HOP HOP HOP

On avait en horreur le petit chef autoritaire

Le caporal clairon trompette

Et le général je-vous-ai-compris

Il y avait des ingénieurs agronomes reconvertis en chevriers

Des grammairiens distingués qui farcissaient les murs

de fautes d’ortigrafe

Des sociologues aidant les travailleurs manuels

à coucher sur papier de boucher leur récit de vie

Des antipsys qui ouvraient les murs de l’Asile

suivant la recommandation d’Artaud le Momo

car il s’agissait en Mai 68

de GUÉRIR LA VIE

DISPARITIONS XIV

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

DISPARITION XIV
Michel Leiris

93/99

98

Les gais criaillements qui, à l’heure du délassement, se font entendre dans une cour de récréation. Bruit de voix mêlées, sur des tons différents, et qui font « cris » parce qu’on ne distingue pas les mots et que tout de résout en une cacophonie intermittente oiù culminent par instants les accents ininterprétables d’un organe suraigu.

Autrefois j’ai, bien sûr, apporté ma quote-part à des chorus de ce genre, notamment quand,  à l’école mixte, mes condisciples mâles et moi nous nous affrontions en une bataille quasi rangée  celle que, moqueusement, nous appelions « les quilles ».

M.Leiris

Les gais criaillements

Les geais de haies en haies

Les haillons des petits effarés

Les maillons faibles des poètes égarés

Prisonniers du jeu de barre

Dans la cour de récré

JJ.Dorio

VIVRE DE NUIT

Vivre de nuit

Dans l’écriture à la main

Transmise au papier

Dans l’examen de pensées

Au ralenti

De rêves éveillés

Qui parlent dans nos têtes

.

Étendu dans son lit blanc,

La tête posée sur un oreiller

Donnant à l’imagination

(la folle du logis)

Tout pouvoir pour noircir

Sa page quadrillée

.

Puis s’en aller

Comme Orphée

Aux Enfers

Mais cette fois

(promis, juré)

Sans se retourner

POUR MÉMOIRE 36/40

et pour oublier le temps

36

Je me souviens de ma mémé Vidal la seule à m’avoir appelé mic

37

Je me souviens que j’ai beaucoup de livres dédicacés que j’ai toujours eu envie de rassembler mais ce n’est pas du goût de ma bibliothèque qui aime être toujours en dérangement

38

Je me souviens de la nouvelle critique et de critique de la critique que je lisais un jour en salle d’attente je retrouve ce que j’écrivis alors sur une page du livre

J’attends chez le docteur C. Je lis Critique de la Critique

Ma fille à mes côtés lit La vie mode d’emploi

Je lis l’entretien de TzvetanTodorov avec Paul Bénichou « la littérature comme fait et valeur »

Je lis nous lisons

Nous portons sur le dos le poids des idéologies d’un autre temps

Et puis le docteur vient nous chercher

Derrière sa grande baie vitrée nous voyons l’étang de Berre d’un bleu noir qui contraste avec la Sainte Victoire plus blanche qu’un peuple de colombes

39

Je me souviens qu’enfant je gobais les œufs tout chaud fraîchement pondu par nos poules je les dénichais sous le hangar entre les bottes de paille

40

Je me souviens d’Allez les petits et de Roger Couderc