LES QUATRE VÉRITÉS courriel 78

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

78

R. à JJ D.

La vérité est un miroir tombé de la main d’un dieu qui s’est brisé en mille morceaux. Chacune en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve.

JJ D. à R.

Les quatre vérités je les oubliées ; le vent mauvais des ragots et des réseaux asociaux me les a ôtées : elles sont mortes.

.

R. (30 septembre 1207-17 décembre 1273) Poète, théologien et mystique persan, dit la notice.

JJ D. (24 mars 1945-…) Je ne suis pas pressé que quelqu’un ajoute la seconde date, la  fatidique.

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas

 22/68

VIVE LA CHIENLIT

Au présent du rêve éveillé
Indifférent à l’air du temps
Je balbutie Freud dans le texte
Je revisit’ papa maman
 
On riait on pleurait en chœur
On tuait le cochon de mai
Sur la maie
On criait dix ans
Ça suffit !
Viv’la Zizanie
Et dans la rue on exhibait
Les deux humeurs
La noire la rouge !
 
La poésie nous désenvoûte
Et nous déconstruisant
Nous construit
Viv’ la Chienlit !

DISPARITIONS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRELes fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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ÉCHEC PARTOUT

Tristesse que n’atténuait pas l’idée que, toutes choses étant vaines, ce qu’il avait pu faire ou ne pas faire était sans importance, il se disait que pas grand-chose de sa vie ne vaudrait d’être retenu. Échec partout : comme écrivain, puisque presque incapable de dépasser le regard sur soi il n’avait que rarement atteint à la poésie et, au surplus, savait qu’il n’était pas du bois de ceux qui ont pour destin pendaison, folie ou départ pour toujours; comme réfractaire, puisque jamais il n’avait fui le confort bourgeois et qu’après de tenaces velléités révolutionnaires il avait dû reconnaître que, répugnant autant à la violence qu’au sacrifice, il n’avait en rien l’étoffe d’un militant ; comme amant , puisque sa vie sentimentale avait été des plus banales et que sa fougue sensuelle s’était tôt ralentie ; comme voyageur, puisque pratiquement confiné dans une seule langue, sa langue maternelle, il avait peut-être été moins apte que quiconque à se sentir à l’aise face aux êtres et aux choses, même sous son propre climat. De sa profession d’ethnographe il n’avait tiré concrètement que fort peu : travaux très particuliers sur une langue d’initiés soudanais et sur la possession rituelle en Éthiopie…

Au plus creux de la vague, il lui arrivait pourtant de se dire qu’une bonne action en tout cas pouvait s’inscrire à son bilan : la non-action qui consiste à ne pas avoir d’enfants .Abstention dont à ces moments-là il osait être fier, comme quelqu’un qui n’a pas été  un résistant  à part entière, mais est du moins en droit de se flatter de n’avoir pas collaboré.

Michel Leiris

D’UN TRAIT DE PLUME

D’un trait de plume

J’ illumine la nuit

En faisant un tableau

de ma maison natale

Face à l’église

qui sonne minuit

Ma maison disparue

Ainsi que tous ceux

Qui l’habitėrent

De la cave au grenier

.

C’est comme une chanson

D’on j’oublie les paroles

Mais non l’air

L’air de respirer

Une fois encore

Et d’un trait de plume

Face à ce tableau

Et à sa musique

Dorio 8 mai 2026

POUR MÉMOIRE 36/40

et pour oublier le temps

36

Je me souviens de mon petit vélo rouge avec lequel je faisais le tour du village à toute berzingue

37

Je me souviens de quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour

38

Je me souviens de Marinette à qui Brassens voulut offrir pour ses étrennes un p’tit vélo mais hélas la belle la traitresse s’était payée une auto

39

Je me souviens du petit conservatoire de Mireille qui était aussi le prénom de notre voisine quand nous habitions à Paradis Saint Roch

40

Je me souviens de mon pote le gitan et de mon pote Juan rencontré au festival d’Avignon pendant la création d’Einstein on the beach