MAI 68 un commencement qui n’en finit pas

21/68

L’ENCHANTEMENT LUCIDE

Peut-être que nous ne sommes plus beaucoup à garder en soi « l’enchantement lucide » que nous vécûmes dans l’écume et la profondeur de Mai 68. Il revient parfois sans que l’on s’y attende, un demi-siècle après, dans une marche solitaire au milieu d’une ville où l’inattendu nous éclaire, nous hypnotise, réveille en nous, ce à quoi, les gens qui circulent alentour semblent ne plus croire : le mariage, entre humour et gravité, de l’espérance intime, avec l’Utopie politique d’une révolution permanente partagée, mais sans violence aucune.

DIVAGUER DANS L’AZUR courriel 77

77

G.A. à P.V.

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

P.V. à G.A

Patience, patience

Patience dans l’azur !

Chaque atome de silence

Est la chance d’un fruit mûr !

.

G.A. (26 août 1880-9 novembre 1918) le génie poétique de ce Guetteur mélancolique éclipsait tous les autres

P.V. (30 octobre 1871-20 juillet 1945) Il naquit à Cette et repose dans le cimetière marin de Sète

DISPARITIONS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Disparition XIV

Michel Leiris

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POUR LE MOMENT IL N’Y A PAS À EN FAIRE TOUT UN ROMAN

« Redisons-le, après d’autres, puisque la banalité mérite une place dans un éloge de la douceur : un écrivain, en tant que tel, est une sorte d’éponge informe, molle et fade. Qu’il ait, par ailleurs, des opinions, une personnalité, une culture, de l’intelligence, après tout, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas ce qui détermine son travail. » Stéphane Audeguy (Éloge de la douceur)

Une disparition, certes, mais dans des circonstances si floues, qu’il faut laisser la primeur, pour le moment, à quelques lignes d’un échotier. Mais, quand même, à tout hasard, je note le nom et l’adresse : Pascale Charpelotte, place Henri Bergson, 8°.

Car autant le dire d’emblée, je suis dans cette phase inédite pour moi, où, après un premier roman qui a plutôt « bien marché », son éditeur m’a fait signer un contrat, dûment rémunéré, pour un second. Et donc, avant de m’y mettre vraiment, j’accumule les matériaux de récupération. Ceux que je lis dans mon journal, que je collecte copié/collé sur Internet, les faits-divers et les commérages, et ceux que je sors du bric-à-brac de ma boîte à outils personnelle.

Toujours assez émouvant les confidences d’écrivains, même si ça ne doit pas empêcher ses lecteurs de les ignorer.




OUBLIEUSE MÉMOIRE 31/35

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

31

Je me souviens qu’il est difficile d’aimer qu’il est difficile

32

Je me souviens de Jean Mineur jetant sa pioche sur la cible de l’écran du cinéma publicité

33

Je me souviens d’Achille au pied léger et d’Eschyle le chauve tué par une tortue lancée par un gypaète barbu

34

Je me souviens de la machine Singer qu’utilisait ma mère

35

Je me souviens que c’est beau la photographie (n’oubliez pas comme les frères Jacques de prononcer le « e » final)