SONNET DU GRAND DÉSIR

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Au grand désir qui nous meut en la quête
De tant de vers dont pouvons disposer
Ceux que l’on crée ceux forgés par les siècles
En cet instant je lis Mellin de Saint Gelais

Au grand désir aux temps joyeux de mon enfance
Aux jeux sans cesse renouvelés Sur le pré
Dans la cour aux récrés criant comme un perdu
Au Je multiplié de paroles dégelées

À une dame qui fut ma grande chance
Avant d’être en proie aux maux et aux souffrances
Et qui revit ici sur le noir de ma page
Dans les fleurs les plus belles que je lui dédie

Minuit de feu Phœnix me visite et m’admoneste
Poursuis ta quête et chasse les lunes de ta tête !

Mellin de Saint Gelais (1487-1558)

SONNETS SONNEZ LES CLOCHES À VOS LECTEURS

Sonnets sonnez les cloches à vos lecteurs
Lecteurs bénins se contentant du style
Lecteurs rétifs bornés aux créations hostiles
Abatteurs d’arbres acteurs acupuncteurs

Lecteurs lectrices mes yeux et mes fontaines
Mes vieilles branches torrents rus ruisseaux
Ô vous épars aux quatre coins du monde
Mes beaux visages mes gambades et mes sauts

Lecteurs lectrices éperons qui me guident
Tantôt passant sur mes erreurs de rimes
Tantôt tout feu chantant la vie violence

Ô mes sonnets sonnant sans fiel sans arrogance
De la vie bonne faisant leur miel Ô mes chansons
De mes  douleurs adoucissant les souffrances

Avec Clément Marot
Le Prince des Poètes
 ( 1496 ? 1544)
De la série : Lir’écrire encor des sonnets ? Il fait être sonné !

SE DIFFRACTER

se diffracter
se défaire
de soi
comme l'escargot
laissant 
une trainée
légèrement
luminescente

les mots qu'on bave
s'effacent sur le pré
sur la toile
sur le papier


ça n'a aucune
importance
seul un haiku
est resté

l'écriture graphie
dessine des arabesques
jusqu'à l'infini

Dominique Ebrard


https://estourelle.blogspot.com/






se diffracter hypnographies dorio 22/07/2023

se diffracter voix et musique dorio 22/07/2023 9h54

UNE TRACE COMMENT LAISSER UNE TRACE

 

Une trace
Laisser une trace
Comme un baiser
Un sourire
Et disparaître
...
N être plus
Qu’un souffle
Dans les feuillages
Une couleur
Une odeur
Un poème
Interrompu
...
Que de mots tenus
Sur une route incertaine
Nous sommes ainsi
Proches et lointains
Dans la fraternité
Et le souvenir vivace
...
L’orage attend
Son heure
Nous rêvons alors
Des amis disparus
Leurs sourires
Leurs poèmes
Bien inscrits
Tout près du cœur
...
Il pleut longtemps en nous

Danielle Nabonne





UN BEL ÉTÉ

L’éclair de l’instant L’Attention portée aux chocs verbaux Qui rencontrent nos émotions  JJD

Michel Cosem qui vient, hélas, de nous quitter, n’a jamais laissé passer la fin juin sans m’envoyer une petite carte bristol où il me souhaitait, de son écriture simple et élégante, un bel été. J’ai imaginé qu’à l’instar de ce premier poème que vient de m’envoyer Danielle Nabonne, chacun.e d’entre vous, pourriez participer, à votre guise (poème ou prose poétique), au paradoxal far niente d’un temps suspendu où la vie semble ne reposer que sur notre bon vouloir. Envoyez vos textes svp sur mon adresse mail ci-dessous et je les "posterai" les uns après les autres, en souhaitant qu’ils suscitent en vous un désir d’en faire votre miel (en lisant en écrivant). Merci d’avance pour votre désir d'échanger nos belles utopies.

 Jean Jacques Dorio
doriojeanjacques@gmail.com 

UNE TRACE voix JJ Dorio 21/07/2023 16h45

JE RÊVE DU DERNIER CARRÉ DE DESESPERADOS DE MAI 68

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Mes rêves révèlent une sorte de mémoire palimpseste C’est un luxe après chaque réveil de mes songes d’endormi de pouvoir en laisser trace Je suis dans une assemblée dernier carré de Mai 68 qui s’arc-boute dans une petite salle de l’Université de Lettres de Toulouse Je prends la parole pour me désolidariser de leur action de désespérados L. une trotskyste avec qui j’ai des relations amicales vient me rejoindre à ma sortie pour essayer de me convaincre qu’il faut continuer le combat Mais ses propos s’effilochent et nos relations se transforment en préludes d’un autre ordre C’est maintenant la rentrée des classes (j’ai quitté l’Université depuis 2 ans pour enseigner en collège) Je vois une pagaille d’élèves autour de moi mais je n’arrive pas en ce qui me concerne à retrouver la salle de classe qui m’a été attribuée (rêve récurrent) Je croise C. vieux camarade d’Arreau (Hautes Pyrénées) qui me dit avec autorité :-Tu dois établir un contact avec le ministère Je rêve à présent que je pèche avec une gaule en bambou dans un étang Un grand type arrive près de moi avec un chien tout vert qui se métamorphose en gros poisson plonge et disparaît (28 août 1984) Je suis devant un stade et n’arrive pas à trouver l’entrée J’entends la rumeur des spectateurs à l’intérieur Je vois sur une pelouse annexe des joueurs se préparer Et puis me voilà sur un cheval de cirque ou de carnaval…

MAI 68 Peut-être que nous ne sommes plus beaucoup à garder en soi « l’enchantement lucide » que nous vécûmes dans l’écume et la profondeur de Mai 68. Il revient parfois sans que l’on s’y attende, un demi-siècle après, dans une marche solitaire au milieu d’une ville où l’inattendu nous éclaire, nous hypnotise, réveille en nous, ce à quoi, les gens qui circulent alentour semblent ne plus croire : le mariage, entre humour et gravité, de l’espérance intime, avec l’Utopie politique d’une révolution permanente partagée, mais sans violence aucune.