FLAMBÉE BAROQUE

Je regardais une flambée brûler d’un seul coup un roman que j’avais mis des millions de minutes à écrire.

Marcel Proust


Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant

Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques

Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés 1

1	Luis de Góngora

une voix sans personne soutenue par Miles Davis

J’ÉCRIS opus 4





J’écris sur la cendre des sons et des lettres
Qui firent le miel de mes ancêtres

J’écris en présence des archives des joutes de poésie
Où la parole sort par pression en vers et proses mêlés

J’écris  sur la corne du buffle et la peau du taureau
Sur l’argile des mythologies et l’errance des étymologies


J’écris en m’endormant sur l’herbe folle
d'un petit val qui mousse de rayons
(je ne peux m’empêcher d’y accrocher
comme un mantra ma mémoire)

J’écris au feutre noir (ou rouge c’est selon)
Sur des tracts, des circulaires, des bulletins de salaire,
Des feuilles d’analyse du sang
Sanguine joli fruit la pointe de ton sein


J’écris sur le vierge le vivace et le bel aujourd’hui
Sur lequel l’aube naissante
J’appose mon blanc-seing



Italiques Rimbaud Prévert Mallarmé





 

BRINS DE RÊVES BRINS DE TEXTES BRINS D’OSIER

hypnographie 1/8




JE VOUS DONNE DES BRINS

Brins de rêve brins de textes brins d’osier.

Rêve de la gargouille qui voulait se faire aussi grosse

 que le bossu de Notre Dame.

Texte du gargouilleur

à la peau d’églantine et au tissu d’agave.

Osier teint au curare pour soutenir la braise

et les escarbilles du mythe de l’éternel retour :

Je l’entendis chanter jadis sur les rives

 du fleuve descendant du Paradis.*

Je vous donne des brins d’une vie singulière

Avant qu’ils ne soient cendres

Faites en votre miel.





*l’Orénoque…crut Colomb quand il le découvrit

SYMPHONIES INACHEVÉES





Symphonies inachevées

Traces spirituelles





Je lis je veille

Je mets le feu

Aux milliers de poèmes

Qui me tombent sous les yeux





C’est vous l’aurez compris

Prétexte à métaphore

Et même un peu plus

Si j’en crois la pratique

Des indiens d’Amérique

Que je vis mélanger

Les cendres de leur mort

Avec du miel de couleur noire





Un rituel pour dire adieu

à leurs mémoires

(Personne n’est obligé de me croire)





Symphonies spirituelles

Traces inachevées





La nuit fait feu

Sur mon langage

Le chaman agite

Son hochet

MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS

MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS

en vers décasyllabes qui rebiquent





À certains moments, longs ou brefs, répétés ou isolés, tous les poètes qui le sont vraiment entendent l’autre voix. Elle est étrangère et c’est la leur, elle est à tous et à personne.

Octavio Paz





Les promesses de l’aube : le soleil

est un ballon l’ancre est une ficelle

venue d’un trait de plume.  Ma sœur femme

 100 têtes* s’entête et fait les yeux ronds

aux lettres qui sont le sel de nos vies

Œil attrayant œil arresté** Mon œil

s’oublie et s’enroule autour de la barque

du pêcheur d’étoiles À la croisée

des voies à six voix et viole de gambe.

La mer, l’aile falquée d’une mouette,

les traits de Braque et du pauvre Ni

Colas sautant du toit-terrasse d’Antibes.

D’oc et d’ocres, de violet et de noir,

les notes s’égrènent et s’engrainent, l’espace                

accordé au désir d’éternité.

Là-bas l’improbable et l’insaisissable.

Blablablabla, petit carré de terre

où l’on sème ses graphes et ses griffes.

Une aile un rire une passerelle

dans l’arche où chaque voix tresse une corde

nouvelle à son arc. Collages, ramages,

En marge : Où est l’oiseau ? Où est la

femme ? Où est la main des roselières ?

Et le cri de l’oiseau-lyre : Plus loin

Toujours plus loin ! Sous le buvard des cendres

douleurs, souffrances, noirceurs -, il y a

le miel du poème. Chant général :

mientras la oscura tierra gira

con vivos y muertos. *** Et bien d’autres

musiques sur l’arc de l’espace-temps.






*Max Ernst ** Saint Gelais *** Pablo Neruda

« pendant que la terre obscure tourne

avec les vivants et les morts »





Martigues septembre 2013